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Les écoles secondaires sont-elles à part?
En résumé...
La mauvaise nouvelle, cest que le plan de réussite est beaucoup plus difficile à piloter dans une école secondaire, tant il vient heurter la culture qui y domine. La bonne nouvelle, cest quil permet de sapproprier la réforme par des aspects qui interpellent les enseignantsla performance des élèves, leurs attitudes, ...etc.
Une réflexion
en guise
d'apéro
«[
]
Monsieur Jourdain
Il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux dune personne de grande qualité, et je souhaiterais que vous maidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.
[
]
Le Maître de philosophie
[
] Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?
Monsieur Jourdain
Non, non ; point de vers.
Le Maître de philosophie
Vous ne voulez que de la prose ?
Monsieur Jourdain
Non, je ne veux ni prose ni vers.
Le Maître de philosophie
Il faut bien que ce soit lun ou lautre.
Monsieur Jourdain
Pourquoi ?
Le Maître de philosophie
Par la raison, monsieur, quil ny a, pour sexprimer, que la prose ou les vers.
Monsieur Jourdain
Il ny a que la prose ou les vers ?
Le Maître de philosophie
Non, monsieur: tout ce qui nest point prose est vers; et tout ce qui nest point vers est prose.
Monsieur Jourdain
Et comme lon parle, quest-ce que cest donc que cela ?
Le Maître de philosophie
De la prose.
Monsieur Jourdain
Quoi ! quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit », cest de la prose ?
Le Maître de philosophie
Oui, monsieur
Monsieur Jourdain
Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que jen susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de mavoir appris cela. »
La source
Extrait du Bourgeois gentilhomme de Molière, scène VI, acte II.
Les détails...
En janvier 2003, à la polyvalente Saint-Henri, le Conseil supérieur de léducation rendait public un avis intitulé Lappropriation locale de la réforme : un défi à la mesure de lécole secondaire.
En page 34, on pouvait lire ceci:
Pour le Conseil, sil est un changement qui présente plus de défis que les autres dans le cadre dune réforme, cest bien celui qui touche la culture organisationnelle en présence et, particulièrement, la culture professionnelle du personnel enseignant.
Le communiqué de presse était encore plus direct: la culture professionnelle en émergence sera plus collégiale et moins individualiste.
Voilà tout un défi pour nos écoles secondaires: mobiliser des spécialistes autour de démarches, comme le plan de réussite, qui appellent à la responsabilisation collective.
Voici une proposition pour commencer à y parvenir. Elle sinspire dune des scènes les plus mémorables de Molière (cf. plus haut).
Quentend-on, typiquement, dans les salons du personnel?
- Les élèves ne savent plus écrire comme jadis, nont pas de connaissances générales, ne sintéressent à rien,
- Ils sont démotivés, amorphes, agressifs, ...
- Ils oublient tout, on doit tout reprendre à chaque rentrée, ...
- Ils nont aucune méthode de travail, ne savent pas sorganiser, ...
Pour qui sait (et veut) les décoder, ces observations constituent de savantes bribes danalyses. Si on tendait une oreille avertie, Monsieur Jourdain serait dans tous nos salons du personnel: «Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je fais des analyses sans que jen susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de mavoir appris cela.»
Blague à part, une à une, ces quatre familles dobservations (tellement courantes quon ny prête plus dattention) reprennent en fait les quatre portes dentrée de la réforme dans une école:
La porte Pauline Marois:

La première famille de complaintes (à propos des élèves qui ne savent plus écrire comme jadis, ...) revient à justifier la réforme par le constat que même nos élèves résolument engagés vers des études universitaires ne maîtrisent pas suffisamment la langue française, les sciences, lhistoire,
etc.
Cette famille de complaintes, basée sur des résultats scolaires, appelle, comme solution, un retour aux matières de base, un enrichissement du menu culturel, ...etc.
La porte Philippe Perrenoud:

La seconde famille de complaintes (à propos des élèves démotivés, amorphes, ...) revient à justifier la réforme par le comportement des élèves qui nont pas été inoculés, dès le berceau, par la culture scolaire. Dès quils le peuvent, cest-à-dire à ladolescence, ces élèves refusent de jouer le jeu, décrochent, se rebellent.
Cette famille de complaintes, basée sur des attitudes à légard de lécole, appelle, comme solution, la différenciation, des pédagogies actives, le respect des intelligences multiples, ...etc.
La porte Jacques Tardif:

La troisième famille de complaintes (à propos des élèves qui oublient tout, ...) revient à justifier la réforme par le constat que les apprentissages réalisés par nos élèves sont bien éphémères. Ils oublient leur français dans le cours dhistoire, et vice-versa; ils oublient leurs notions dune année scolaire à lautre..., puis, 5 ou 6 ans plus tard, la rétroaction des établissements post-secondaires et/ou des employeurs vient ajouter linsulte à linjure.
Cette famille de complaintes, basée sur la qualité des apprentissages réalisés, appelle, comme solution, des approches pédagogiques inspirées des sciences cognitives (ex: lenseignement stratégique).
La porte Paul Inchauspé:

La quatrième famille de complaintes (propos des élèves incapables de sorganiser, ...) revient à justifier la réforme par les attentes autrement plus élevées du marché du travail de demain. Lère du Savoir appelle des travailleurs à la fois autonomes et capables de coopérer; des gens capables de traiter une somme invraisemblable dinformation, de se montrer critiques et méthodiques, de manier linformatique comme un stylo, ...etc.
Cette famille de complaintes, basée sur la nature des apprentissages réalisés, appelle, comme solution, le virage des compétences, surtout les neuf compétences dites transversales.
Le mot réforme n'a pas besoin d'être prononcé
En fait, il nest pas nécessaire de prononcer les mots RÉFORME, TRANSVERSALES, ...etc.
Il sagit seulement de partir des préoccupations formulées par les enseignants. Ces préoccupations tourneront toutes, pour lessentiel, autour
- des résultats scolaires,
- des attitudes face à lécole,
- de la qualité des apprentissages effectués
- ou encore de la nature des apprentissages effectués.
4 exemples
Il est vain de chercher un consensus qui rallie tous les départements. On serait mieux avisé de rallier deux départements à la fois. Voici deux exemples «naturels»:
- La porte Pauline Marois (i.e., le retour aux matières de base et/ou l enrichissement du menu culturel) peut être empruntée conjointement par les départements de français et de sciences humaines.
- La porte Philippe Perrenoud (i.e., les pédagogies actives et/ou le respect des intelligences multiples) peut être empruntée par une concertation de tout le champ 13, y compris les mathématiques, une matière qui gagnerait à être "concrétisée" pour nos décrocheurs potentiels.
Plus modestement, on peut commencer à lintérieur dun seul niveau.
Deux autres exemples:
- La porte Jacques Tardif (i.e., la métacognition, et tout particulièrement la lecture stratégique) peut être empruntée conjointement en histoire de 4e secondaire et dans le cours de français du même niveau.
- La porte Paul Inchauspé (i.e., le virage des compétences, particulièrement les méthodes de travail efficaces) peut être empruntée conjointement par le titulaire de 1re, quelle que soit sa matière, et un autre collègue (possiblement du champ 14) qui sentendent bien (les affinités personnelles sont souvent plus déterminantes que les affinités disciplinaires).
Récapitulons:
- À létape de lanalyse: il sagit de tendre une oreille avertie pour attraper, au passage, une analyse de situation formulée sur le ton dune complainte;
- à létape des orientations: il sagit de choisir lune et/ou lautre des quatre portes dentrées vers laquelle pointe cette complainte;
- à létape des objectifs: il sagit de regrouper, autour denjeux précis (des résultats, des attitudes, ...), soit des paires de départements entiers soit, plus modestement, un groupe de matières à un seul niveau;
- à létape des moyens: il sagit de puiser des idées dans le dossier "réforme" sans nécessairement prononcer ce mot;
- à létape des modes dévaluation: il sagit dintégrer ce que lécole envisage déjà en matière dappropriation des nouvelles pratiques évaluatives.
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler