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La réussite de quels élèves au juste?
En résumé...
Ce site est fondé sur cette conviction: la double réforme (pédagogique et administrative) à laquelle sont conviées les écoles québécoises profitera d'abord (quoique non exclusivement) aux élèves du peloton central, i.e., ceux qui ne font pas des apprentissages durables et finissent par être des drop-in.
Une citation
en guise
d'apéro
«[
La réforme implique] des changements importants qui sont, selon moi, de lordre dune rupture complète. Cela revient, en fait, à se demander sil est plus important de couvrir son programme ou de faire en sorte que les apprentissages que les élèves effectuent soient signifiants, stables, transférables et réutilisables.
[
] Il ne sagit pas dun passage en douceur, facile à faire. Jai limpression que lon prend un zoom dirigé sur un point et quon le tourne de 180 degrés.»
La source
Jacques Tardif dans une
entrevue accordée à la revue Vie Pédagogique
Les détails...
Lhypothèse, pour ne pas dire la conviction, que le plan de réussite profitera d'abord aux élèves du peloton central, est fondée sur ces deux données:
#1: Le transfert, ça s'apprend... au tiers du milieui
Bernard Rey (un universitaire belge) a suivi 193 élèves sur 36 mois. Au début de lenquête, environ le tiers des élèves témoignaient du signe le plus fréquemment associé à lintelligence : la capacité à mobiliser des savoirs scolaires pour résoudre un problème extra-scolairece que le jargon déploré par certains appelle le transfert.
Trois ans plus tard, années au cours desquelles le transfert était au cur de lacte pédagogique, voire lobsession centrale des enseignants, le tiers du milieu a rattrapé le peloton de tête. Autrement dit: transférer, ce n'est pas innéça s'apprend. Quant au dernier tiers, il sest avéré incapable de transférer même après une réforme des pratiques pédagogiques et surtout évaluatives.
Cette recherche heurte de plein fouet une prémisse fréquente chez les enseignants, prémisse selon laquelle :
- il faut et il suffit que lélève écoute attentivement son professeur, prenne des notes proprement, révise ses leçons et fasse ses devoirs
- quil en fasse autant dans toutes les matières que le curriculum aura cru bon de saucissonner
- et le jour où il aura à mobiliser ces savoirs parcellaires dans la « vraie vie », sa mémoire fera les intégrations et les liens nécessaires.
Ce qui est parfaitement faux pour lélève docile du peloton du milieu, celui qui saccroche de peine et de misère
et qui quittera lécole sans apprentissages durables donc véritables.
Il est facile de comprendre l'origine de cette prémisse: les enseignants d'aujourd'hui faisaient jadis partie du premier tiers à l'école. C'est une prémisse qui se renforce au contact de chaque nouvelle cohorte d'élèves qui ressemblent à leurs enseignants, des élèves parfaitement adaptés au modèle traditionnel, des élèves qui réussissent et qui prouvent bien que cette réforme ne servira à rien.
#2: ... pendant que ce tiers du milieu alimente des cohortes de drop-in
Chaque année, le Ministère de l'éducation du Québec publie « Les indicateurs de l'éducation», une série de fiches statistiques sur les ressources allouées à l'éducation, sur la persévérance scolaire, sur l'obtention des diplômes ou l'évaluation des apprentissages, sur des comparaisons régionales ou internationales, ...etc.
L'une de ces fiches, mise à jour dans chaque édition, est illustrée ci-après:
À sa manière, cette fiche confirme les conclusions de Bernard Rey: des 100 écoliers du primaire sur la ligne départ, (59-38=) 21 quitteront le cégep sans diplôme, (37-26=) 11 quitteront l'université sans baccalauréat, ...etc.
21+11=32%
CQFD
En somme
Il est là le tiers du milieu identifié par Rey. Ces élèves qui s'accrochent, de peine et de d'efforts, avant de nous quitter avec diplômes, officiellement, mais sans apprentissages durables ni projet de vie précis.
Ce tiers qui n'a pas à sa disposition des budgets spéciaux, des PNE ou un service entier de la commission scolaire qui lui soit consacré.
Il est pour le lui le plan de réussite.
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler