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Lettre #2
Politique n'est pas un gros motc'est un rôle vital et noble
«Je ne m'occupe pas de politique»...,
c'est comme si vous disiez «Je ne m'occupe pas de la vie.»
--Jules Renard--
C'est étrange comme le politique est devenu, presque à tout coup, un qualificatif péjoratif.
On le voit tantôt comme
- un mal nécessaire
- une grosse machine
- une bête à apprivoiser
- un adversaire de l'administration
- des joutes de pouvoir
- ...
Toutes choses qui sont hélas parfois vraies mais qui risquent de noyer le bébé dans leurs eaux troubles.
Quel bébé?
Notre rôle politique à nous, directions d'écoles, au quotidien, pas juste un soir par mois, lors de la séance du conseil d'établissement.
Une courte parenthèse pour se rappeler pourquoi le politique est le deuxième plus vieux métier au monde:
Le politique est né à partir du moment où nos ancêtres ont constaté:
- la diversité au sein des membres dans n'importe quel groupe d'individus, à commencer par une équipe-école
- la rareté des ressources à leur disposition
- et l'interdépendance au sein de ce groupe
La diversité vient de ce que ces individus, nourris de valeurs et de perspectives multiples, ne s'entendent pas toujours sur ce qui est important ni même sur ce qui est vrai.
La
rareté des ressources vient de ce que personne ne pourra disposer de tout ce qu'il ou elle estime être le strict minimum.
Incidemment, sur la
page d'accueil du département de science politique de l'Université de Montréal on peut lire:
la science politique étudie les processus de décisions individuelles et collectives qui touchent la distribution des ressources dans une société.
L'interdépendance vient du fait que les gens qui vivent ensemble (ex: dans une école) ont besoin des habiletés, du soutien et des ressources les uns des autres.
Dans cette perspective, le politique n'est pas une aberration qu'il s'agirait de rectifier, ce qui reviendrait à nier la permanence des conditions qui lui ont donné naissance: la diversité, la rareté et l'interdépendance.
Il n'est pas davantage une tare à camoufler, ce qui reviendrait à forcer les délibérations et les conflits inévitables à se tenir dans l'ombre des coulissesprécisément là où le politique ternit sa réputation.
Fermons la parenthèse et rappelons-nous combien, depuis 1998, les directions d'école ont connu leur part de rareté, de diversité et d'interdépendance:
La rareté, en ces temps de moyens de pression, se passe de commentaires. Avec les pouvoirs additionnels décentralisés par la LIP, nous avons de plus en plus de situations où il faut délibérer à propos de l'allocation optimale des ressources insuffisantes mises à notre disposition.
Délibérer, pas décider seuls, l'interdépendance faisant désormais partie de notre description de tâche.
Le gestionnaire participatif doit en effet composer avec ce qu'un professeur de Harvard, John Kotter, a judicieusement qualifié de power gap pour décrire le fait qu'un poste de leadership, aujourd'hui, n'accorde jamais la totalité du pouvoir formel nécessaire pour accomplir tout le travail.
Quant à la diversité, elle est au coeur même de notre mission. Une mission multiple et équivoque.
La diversité y est à la fois au plan des finalités:
- instruire en vue d'un changement quasi permanent
- socialiser en vue de clivages sociaux profonds, voire menaçants
- qualifier tous et chacun selon des voies diverses
... et au plan des moyens: les approches pédagogiques de type «tête bien faite» versus celles de type «bien pleine», ...etc.
Les habiletés politiques vitales se résument
donc à la capacité:
- d'articuler une vision, fût-elle impopulaire
- de s'associer des alliés, fussent-ils mus par des intérêts politiciens
- de confronter ses adversaires, fussent-ils nombreux et puissants
- de négocier avec eux, fussent-ils intraitables.
Pourquoi se donner tout ce mal?
Dans un éclair de lucidité, Jacques Chirac a un jour dit:
«La politique n'est pas seulement l'art du possible. [...] il est des moments où elle devient l'art de rendre possible ce qui est nécessaire.»
Nécessaire à la réussite du plus grand nombre.
Le
lien avec le plan de réussite?
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