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Quel est le rôle des parents?

 
 

En résumé...

Leur rôle a changé depuis le 18 décembre 2002, date à laquelle la loi sur l'instruction publique a changé. Avant cette date, ils jouaient un rôle actif dans l'identification des moyens pour mettre en oeuvre les orientations; depuis, ce rôle se limite aux orientations. En contre-partie, ils jouent un rôle (nouveau) dans la traduction de ces orientations en objectifs.
 
 
Une réflexion
en guise
d'apéro

 
« Depuis plus de vingt ans, les conseils d’orientation et les conseils d’établis-sement qui leur ont succédé en 1998 ont le pouvoir d’adopter les mesures qui assurent l’application du projet éducatif. […] Or, le projet de loi 124 vient réduire le rôle du conseil d’établissement à un simple pouvoir d’approbation en ce qui a trait à tout ce qui va assurer l’application du projet éducatif, soit le plan de réussite. En termes clairs, on vient dire aux parents, aux élèves du secondaire, et aux représentants de la communauté qu’ils n’ont plus à participer à la recherche […] des moyens de réalisation ni des mesures d’évaluation du projet éducatif […]
La fonction d’approuver ou non un document sans possibilité de modification a fait son apparition en 1997 dans la loi 180. Elle a été trop souvent interprétée dans son sens le plus strict : on dépose au conseil un document dans sa forme finale que celui-ci doit approuver sans discussion alors qu’il n’a pas été partie prenante de son élaboration. Les parents détestent ce modèle «rubber stamp» puisqu’ils sont souvent les seuls autour de la table du conseil à n’avoir pas participé à la préparation du document. Dans de telles circonstances, on est loin de se sentir partenaire à part entière.»
 
 
La source
Diane Miron, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec; extrait de l'avis de la FCPQ sur le projet de loi 124 
 
 

Les détails...

Le 10 décembre 2002, lors de l'«Étude détaillée du projet de loi n° 124», le ministre de l'éducation affirmait ceci en commission parlementaire:

« Que le conseil d'établissement rédige un projet éducatif et indique les grandes orientations, c'est son rôle. Ensuite, que l'équipe-école prépare […] la mise en œuvre de ce projet éducatif par un plan de réussite, c'est tout à fait normal. Et cela doit être très clair qu'il s'agit de deux documents distincts, puisqu'il s'agit de décisions qui sont prises par des groupes qui doivent travailler ensemble évidemment, mais de deux documents qui ont une fin différente, qui ont une destination différente. »

Et le ministre de préciser:

« Le projet éducatif de l'école, les grandes orientations, c'est pour établir les grandes bases, les grands paramètres de ce que les parents, les enseignants, la direction de l'école considèrent être essentiel pour le développement de l'école. Le plan de réussite, ce sont des éléments concrets de mise en œuvre, avec des échéanciers, à partir de ce projet éducatif. 
[…]
Nous l'avons dit à plusieurs reprises, ce n'est pas aux parents du conseil d'établissement de prendre certaines décisions concernant la gestion quotidienne des écoles.»

 
 

Comment éviter le rôle de "rubber stamp"

Il y a dans ces déclarations quelques éléments susceptibles de rassurer les parents ayant le sentiment d'être réduits à un rôle de "rubber stamp", pour reprendre l'expression de madame Biron.

Ces grandes bases, auxquelles réfère le ministre,

«[c]es grands paramètres de ce que les parents, les enseignants, la direction de l'école considèrent être essentiel pour le développement de l'école»,

tout cela peut sembler bien atmosphérique à première vue.

Une orientation finira par être atmosphérique si:

  • elle se borne à des déclarations de principes vertueux
  • elle porte sur des enjeux administratifs (ex: le climat de travail) qui relèvent des responsabilités de la direction de l'école
  • elle porte sur des modalités d'encadrement (ex: tutorat, service de dépistage, ...) qui appartiennent (en vertu de LIP: 37-1.1°) au plan de réussite
  • elle porte sur des enjeux pédagogiques (ex: des approches pédagogiques spécifiques) dont la LIP (art. 19) a confié la responsabilité aux enseignants:

«L'enseignant a notamment le droit:

1° de prendre les modalités d'intervention pédagogique qui correspondent aux besoins et aux objectifs fixés pour chaque groupe ou pour chaque élève qui lui est confié;...»

 
 

Comment respecter l'autonomie des enseignants tout en «parlant des vraies affaires»

Est-ce à dire qu'en vertu de cet article de la LIP une orientation ne peut toucher aux enjeux éducatifs?

Au contraire, elle ne devrait toucher que des enjeux

  • éducatifs (une trentaine d'exemples se trouvent ici; après tout, l'article 37 de la LIP précise que «ces orientations et ces objectifs visent l'application, l'adaptation et l'enrichissement du cadre national défini par la loi, le régime pédagogique et les programmes d'études établis par le ministre»),
  • formulés du point de vue de l'élève (voir ici pourquoi)
  • et qui appellent des moyens exigeant une responsabilisation collective (pas des projets qui finissent par reposer sur les épaules d'un seul intervenant, comme le bibliotechnicien par exemple).
 
 

Un exemple

Un exemple d'orientation qui passe ce triple test de qualité est celui-ci:

(compte tenu de l'analyse de situation) notre école favorise le développement, chez nos élèves, de la capacité à coopérer. 

Un tel libellé est tout à fait différent de:

notre école favorise la pédagogie de la coopération.

Il ne s'agit pas ici d'une distinction sémantique; il s'agit d'une précaution qui:

  • rend la démarche conforme à la logique de la gestion par résultats (le projet de loi 124 n'étant autre chose que l'application aux écoles et aux CS des amendements apportés en l'an 2000 à la loi sur l'administration publique)
  • respecte les sphères de responsabilités respectives.

À cet égard, revenons à l'article 19 de la LIP:

«L'enseignant a notamment le droit:

1° de prendre les modalités d'intervention pédagogique ...
2° de choisir les instruments d'évaluation des élèves qui lui sont confiés afin de mesurer et d'évaluer constamment et périodiquement les besoins et l'atteinte des objectifs par rapport à chacun des élèves qui lui sont confiés en se basant sur les progrès réalisés.»

Un conseil d'établissement

  • ne peut exiger qu'un enseignant prenne telle modalité d'intervention pédagogique (ex: la pédagogie de la coopération) plutôt que telle autre (ex: une pédagogie qui chercherait à inculquer la coopération de manière magistrale) 
  • mais il peut, et doit, aller au-delà de l'intention susmentionnée (notre école favorise le développement, chez nos élèves, de la capacité à coopérer) et formuler les objectifs évoqués par les articles 19 et 37 de la LIP.

Ce site explique ici comment, et surtout pourquoi, il vaut mieux rédiger des objectifs de façon à permettre d’évaluer les progrès réalisés.

 
 

Les détails de cet exemple

À titre d'exemple, l'analyse de situation peut révéler un portrait des élèves au moyen de l'échelle de compétence COOPÉRER, ce qui est équivalent à sonder les bulletins des élèves pour repérer leurs lacunes. Imaginons que ce portrait révèle qu'un élève sur quatre se situe aux échelons 3 et 4.

À l’étape suivante (celle des objectifs), le C.É. est tout à fait à l'intérieur de ses responsabilités (en vertu de LIP: 37) s'il formule des cibles en fonction de ces mêmes échelles, comme l’illustre le graphique ci-contre (dans lequel l’objectif déclaré est d’augmenter de 40% à 55%, d’ici 2006, le pourcentage des élèves qui sont au moins à l’échelon #3 de l’échelle de la compétence coopérer).

Avec cette façon de procéder, la direction de l'école retourne avec son équipe-école déterminer les meilleurs moyens pour atteindre cet objectif (objectif qui a la qualité d'être formulé de manière à pouvoir être évalué en juin 2006).

D'ici là, rien n'empêchera un enseignant d'invoquer l'article 19-1°. À la limite, cet enseignant serait parfaitement irréprochable si les élèves qui lui sont confiés répondent majoritairement aux attentes des échelons 3 et 4... malgré un enseignement résolument magistral.

Réalistement, on peut douter de la plausibilité de ce scénario: avant d'évaluer une compétence, encore faut-il avoir donné aux élèves des occasions d'en démontrer les manifestations. Autrement dit, l'orientation susmentionnée finit, indirectement, par avoir un impact sur les pratiques pédagogiques... mais sans les exiger explicitement.

Et l'enseignant qui invoquerait indûment l'article 19- 1° se fera rappeler qu'en vertu de l'article 22:

«Il est du devoir de l'enseignant:
 […]
7° de respecter le projet éducatif de l'école.»

 
 

Le pouvoir effectif des parents au sein du CÉt

Les parents ont donc le pouvoir non négligeable de contribuer à construire des orientations qui finiront par guider des choix très concrets: quelle formation encourager, quel manuel retenir, quelle sortie choisir, quelle approche encourager, quelle dépense prioriser, quel règlement modifier, …etc.

Cette construction doit se faire en équipe; rappelons la déclaration du ministre en commission parlementaire: il s'agit de décisions qui sont prises par des groupes qui doivent travailler ensemble.

C'est ce qu'attend la LIP lorsqu'elle confie au directeur d'école la responsabilité de favoriser

«la concertation entre les parents, les élèves et le personnel et leur participation à la vie de l'école et à la réussite» (LIP:96.13-3°)

Pour ce faire, il y a un préalable si on veut éviter l'irritant mentionné par la Fédération des comités de parents du Québec («Les parents détestent [être] les seuls autour de la table du conseil à n’avoir pas participé à la préparation du document»). 

Ce préalable, c'est une interprétation généreuse des mots informations et avant tel qu' employés dans l'article 96.13-2.1°: le directeur de l'école

«s'assure que le conseil d'établissement reçoit les informations nécessaires avant d'approuver les propositions visées dans le présent chapitre»,

en l'occurrence le plan de réussite.

 
 

En somme

Formellement donc, une partie de l'équipe (le C.É.) a la responsabilité de nommer la destination, ce qui est un pouvoir autrement plus important que celui de promulguer des valeurs-consensus ou des déclarations solennelles.

Et c'est à l'autre partie (l'équipe-école) de déterminer la meilleure route et le véhicule approprié pour y parvenir... non sans avoir écouté les idées des parents.

(Voilà pour le rôle des parents à l'intérieur du C.É.; ce site analyse ailleurs l'impact du plan de réussite sur les responsabilités de tous les élus au C.É.)

 
Réalisation: Amine Tehami
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler
 
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page rédigée le 22 oct. 2003
mise à jour le 06 novembre 2007
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