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Les orientations doivent-elles couvrir les 3 volets de la mission?

 
 

En résumé...

Non.
Ce n'est ni obligé ni utile que ce soit le cas. Au lieu de considérer les trois volets de la mission, il vaut mieux penser en terme d'un grand réservoir d'idées d'orientations, un réservoir alimenté par 3 sources: la LIP, le régime pédagogique et, surtout, le programme d'étude.
 
 
Une citation
en guise
d'apéro

 
«Ce n'est pas une tâche facile de circonscrire les finalités éducatives. Les réalités sont toujours beaucoup plus riches et interreliées que les catégories dans lesquelles nous sommes contraints de les enfermer, sans compter que les concepts peuvent avoir des sens très différents selon les personnes qui les utilisent. Nous avons constaté à cet égard à quel point le concept d'instruire revêtait une connotation négative pour plusieurs personnes soit parce qu'on le réduisait à des apprentissages élémentaires ou encore à une pédagogie autoritaire et dépassée du type «bourrage de crâne», soit parce qu'on craignait qu'il n'inclue que les seules connaissances, délaissant ainsi le développement des habiletés et des attitudes. Pourtant, selon nous, instruire fait référence à une conception large et moderne de la responsabilité qu'a l'école en matière cognitive. Il n'est donc pas toujours facile de s'entendre sur le sens des mots. Nous croyons néanmoins qu'un effort de clarification des finalités éducatives s'impose et nous proposons de les regrouper autour des trois axes suivants: l'instruction, la socialisation, la qualification.»
 
 
La source
États généraux sur l'éducation, rapport final, chapitre 1
 
 

Les détails...

Il existe au moins trois raisons pourquoi on ne devrait PAS s'efforcer de retenir au moins une orientation par volet de la mission.
 
 

1. Ce n'est pas une obligation légale

Rien dans la LIP ne le prescrit explicitement.

L'article 37 précise seulement que les orientations

«visent l'application, l'adaptation et l'enrichissement du cadre national défini par la loi, le régime pédagogique et les programmes d'études établis par le ministre»;

schématiquement

 
 

2. Ce sont des catégories équivoques

Comme en fait foi l'extrait des États généraux cité en exergue, ce sont des catégories complexes qui «peuvent avoir des sens très différents selon les personnes qui les utilisent» et qui, par conséquent, risquent de contribuer des orientations équivoques.

 
 

3. La liste des orientations n'est pas la somme de ce que fait une école

Les orientations du projet éducatif, selon l'approche préconisée sur ce cite, ne forment pas une liste exhaustive de tout ce que l'école compte faire, seulement la liste, courte, des priorités qui méritent d'être affrontées collectivement.

Si, par exemple, les enjeux liés au volet qualifier sont jugés...

  • prioritaires certes
  • mais pouvant être affrontés chacun avec son groupe d'élèves et/ou sa matière/programme d'étude

... le projet éducatif ne les mentionnera mais cela ne veut pas dire qu'ils ne se feront pas.

(Même si plupart des projets éducatifs sont muets sur l'anglais, une des clés pour ouvrir de nombreuses portes culturelles / sociales / économiques, ces écoles n'en déploient pas moins d'importants efforts pour inculquer cette langue seconde à leurs élèves.)

 
 

Il vaut mieux prendre ce cadre pour un réservoir d'idées

Au lieu d'une logique peinture-par-numéros (i.e., quelle couleur locale allons-nous choisir pour remplir chacune des trois cases de la mission de l'école québécoise), on sera mieux avisé de considérer le cadre national comme un réservoir d'idées d'orientations, une trentaine d'idées en fait.

À titre d'exemple, une école dans un quartier défavorisé (i.e., faible motivation, domination de la culture orale et peu de familles qui possèdent un ordinateur)... 

 
 
 

 

... pourrait prioriser ces trois orientations (la motivation, la langue française et l'informatique), notamment parce qu'elle juge que ce sont des problématiques qu'il vaut mieux affronter en partenariat/cohérence/...etc., sans avoir à se demander laquelle au juste est de l'ordre de l'instruction, de la socialisation ou de la qualification.

 
 
Le mot de
la fin

 
Laissons, sur cette question, le mot de la fin à Olivier Maulini, un chercheur méconnu au Québec:

éduquer ou instruire? Instruire ou éduquer? On sait que le débat est sans fin. Il y a d’un côté la logique inflationniste: les adultes vivent dans le monde du chacun pour soi, mais ils comptent sur la bonne volonté des maîtres pour restaurer à la fois le "vivre ensemble", le "respect d’autrui" et l’"intégration républicaine" via l’éducation des jeunes générations. Et de l’autre côté, il y a la logique déflationniste, qui témoigne des mêmes angoisses, mais qui renverse la demande: puisque les comparaisons internationales portent sur les disciplines de base, ceux qui veulent monter très vite dans les classements réclament moins l’expansion de l’école que son repli sur l’instruction élémentaire. Tant d’ambivalence pourrait nous irriter si nous n’avions pas nos propres contradictions. Car nous-mêmes, nous disons que les parents "démissionnent" lorsqu’ils ne font pas leur travail éducatif, mais s’ils gardent leur fiston à la maison au lieu de l’envoyer "vivre ensemble" au camp vert, nous trouvons qu’ils s’inquiètent trop. En fait, nous sommes comme tout le monde: nous aimons bien l’éducation d’autrui, à condition qu’elle ressemble à la nôtre.

 
Réalisation: Amine Tehami
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler
 
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page rédigée le 26 mai 2004
mise à jour le 06 novembre 2007
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