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Comment gérer Réforme et Plan de réussite de façon intégrée
En résumé...
1. La réforme = trois défis lancés à l'école:
* Instruire à lère du savoir ?!?
* Socialiser dans une société ouverte & moderne ?!?
* Qualifier 100% dune génération ?!?
2. Le projet éducatif = la réponse (locale et temporaire) à cette question
3. Le plan de réussite = la vérification périodique de l'adéquation entre la question et la réponse proposée.
Une citation
en guise
d'apéro
«J'ai la conviction que l'école échoue aujourd'hui parce que c'est un lieu conçu d'abord et avant tout pour transmettre un certain nombre de connaissances et d'habitudes. La valeur de celles-ci est pour l'essentiel repoussée à un lointain avenir: ce sont des préalables que l'écolier doit assimiler en vue d'autres préalables, et ainsi de suite. Cette propédeutique, parce qu'elle est déconnectée du vécu de l'élève, n'est pas véritablement éducative.
[...]
J'ai la conviction que les réformes scolaires qui misent principalement sur des prescriptions législatives, le spectre de sanctions disciplinaires ou quelques changements dans les structures et les apparences, de telles réformes donc, sont vouées à l'échec.»
La source
Les détails...
«Veuillez compléter la phrase ci-après, en moins de 12 mots:
La réforme, c'est............................»
Tel a été l'exercice auquel une cinquante de cadres d'écoles (de la CSMB) ont bien voulu se prêter au cours de l'automne 2002.
Voici leurs réponses, en vrac:
- la réforme, c'est la différentiation
- ... c'est la métacognition
- ... c'est l'emphase sur le transfert
- ... c'est le virage des compétences
- ... c'est le retour aux matières de base
- ... c'est le socioconstructivisme
- ... c'est l'organisation scolaire au service de lélève
-
etc.
Et l'animateur de (se) demander: mais..., quel était le malaise à l'origine de toutes ces prescriptions?
Pourquoi se poser la question?
La question (autant celle des liens avec la réforme que celle du diagnostic) est moins creuse qu'elle ne paraît à première vue.
Dans un récent numéro de Vie pédagogique, on pouvait lire ceci en page 15:
«la réforme entreprise a toutes les apparences dune tentative plus ou moins déguisée de contrer le décrochage scolaire.»
Et, six lignes plus bas:
«parmi les réserves exprimées quant aux succès éventuel de la réforme, [
des directeurs et directrices décoles alternatives ont mentionné] le désir "caché" des promoteurs de contrer léchec scolaire».
Tentative déguisée?
Désir "caché"?
Faut-il avoir enfoui sa tête dans le sable pour ne pas voir:
- au moins le titre de lopération?
- ou bien les deux nouvelles missions confiées à lécole : socialiser, cest-à-dire «[
] aussi prévenir [
] les risques d'exclusion qui compromettent l'avenir de trop de jeunes» et qualifier, cest-à-dire «rendre tous les élèves aptes à entreprendre et à réussir un parcours scolaire ou à s'intégrer à la société par la maîtrise de compétences professionnelles»?
- ou encore lénoncé de politique éducative, qui précise, dentrée de jeu, que «les changements qui sont apportés au contenu et à l'organisation de la formation doivent obéir à des principes et se situer dans une perspective qui favorise la réussite de tous les élèves»?
On ne remarque les boîtes aux lettres que l'on a une lettre à poster
Une explication plus charitable que limage de lautruche se trouve peut-être du côté des lunettes que nous portons pour décoder la réalité.
Il est possible que certains directeurs et directrices décoles alternatives, ou encore d'écoles situées en milieux favorisés, n'aient pas l'équivalent d'une lettre à poster, i.e., n'aient pas un problème d'échec scolaire ou, s'ils en ont un, n'aient pas le sentiment de disposer de quelques leviers prometteurs.
Il est possible qu'ils aient d'autres problèmes sur les bras :
- même des élèves résolument engagés vers des études universitaires ne maîtrisent jamais suffisamment la langue française, les sciences, lhistoire,
etc.
- même des élèves convenablement stimulés dès le berceau et à peu près cultivés oublient leur français dans le cours dhistoire, et vice-versa; ils oublient leurs notions dune année scolaire à lautre..., puis, 5 ou 6 ans plus tard, la rétroaction des établissements post-secondaires et/ou des employeurs tombe comme une douche de reproches.
- même des élèves à peu près autonomes au plan des transferts sont insuffisamment préparés pour répondre aux attentes autrement plus élevées du marché du travail de demain. Lère du Savoir appelle des travailleurs à la fois autonomes et capables de coopérer; des gens capables de traiter une somme invraisemblable dinformation, de se montrer critiques et méthodiques, de manier linformatique comme un stylo, ...etc.
3
Si les cadres ne s'entendent pas sur les fondements de la réforme, imaginons les enseignants...
Compte tenu de ces deux précautions cruciales:
- ne jamais présumer que tous comprennent pourquoi nous devrions changer nos pratiques,
- ni croire qu'une seule réponse est possible/valable
... quels peuvent bien être les liens entre ces trois dossiers:
Schématiquement:
- la réforme = une question en trois volets
- le projet éducatif = la réponse (locale et temporaire) à cette question
- le plan de réussite = la vérification périodique de l'adéquation entre la triple question et la réponse proposée.
La réforme=une question?!?
La réforme, une (triple) question:
- Instruire à lère du savoir ?!?
- Socialiser dans une société ouverte & moderne ?!?
- Qualifier 100% dune génération ?!?
Voilà des défis extraordinairement complexes auxquels chaque école est censée apporter une réponse adaptée à sa réalité (selon que son milieu est plus ou moins favorisé, plus ou moins urbanisé, plus ou moins diversifié au plan ethnique, plus ou moins ouvert aux pratiques pédagogiques novatrices, ...etc.).
Des défis tellement complexes qu'il n'est pas rare d'entendre des partenaires
«soutenir que la gestion par projets est une façon de décentraliser les contradictions et les impasses du système éducatif, de remettre aux établissements un pouvoir de décision qui apparaît un cadeau empoisonné.» (Perrenoud 2001)
D'autres points de vue, moins cyniques, sont au moins aussi convaincants.
Perrenoud encore:
Les systèmes éducatifs ont compris que laccroissement de lautonomie locale est la seule façon de stimuler les processus dinnovation. La recherche va dans ce sens et convainc une partie des cadres. [...] On peut estimer que [... cette] autonomie des établissements est la condition dun développement organisationnel et professionnel durable, que les enseignants ne se prendront collectivement en charge que si on leur accorde des responsabilités plus étendues dans la gestion de leur établissement.
Les liens, une étape à la fois
Il est donc possible de lier le dossier réforme à chacune des 5 étapes du présent dossier:
On se souviendra que la Loi sur l'instruction publique, en vertu de l'article 74, confie au conseil d'établissement le soin d'analyser
la situation de l'école, principalement les besoins des élèves, les enjeux liés à la réussite des élèves ...etc.
Ces enjeux varient d'un milieu à l'autre, pas d'un dossier à l'autre. Autrement dit, la direction de l'école serait bien avisé d'invoquer les même enjeux (ex: niveau de culture générale) selon qu'elle pilote le dossier réforme ou le dossier plan de réussite.

L'article 37 précise que les
orientations et ces objectifs visent l'application, l'adaptation et l'enrichissement du cadre national défini par la loi, le régime pédagogique et les programmes d'études établis par le ministre.
Autrement dit, si l'analyse évoque l'incapacité des élèves à s'organiser, la direction de l'école serait bien avisée de traduire ces verbalisations spontanées dans le langage des programmes d'études, en l'occurrence dans celui de la 5e compétence dite transversale: se donner de méthodes de travail efficaces.

Second exemple: l'analyse pourrait évoquer le fait que les élèves sont incapables d'opérer des transferts, notamment d'opérer des inférences dans les énoncés de problèmes mathématiques.
Dans ce cas, l'équipe-école pourrait commencer par se demander: quelles traces observables peut laisser un élève qui aurait développé cette capacité? quelles tâches peut-on lui proposer pour qu'il le fasse? quelles traces peut-on conserver pour être capables de suivre le % d'entre nos élèves qui présentent ce comportement souhaité? ...etc.
Dans les deux exemples, la réforme des pratiques évaluatives est au service d'objectifs visant autre chose que la maîtrise de savoirs traditionnels: des savoir-faire, des savoir-être, ...

S'il y a un point commun entre la réforme et le plan de réussite, c'est l'interrogation des enseignants dès l'instant qu'ils réalisent que le projet éducatif nouvelle formule risque d'être moins atmosphérique que ces prédécesseurs depuis 1979.
C'est cette question: chu-tu obligé de mettre en oeuvre les moyens qu'on écrit dans notre plan de réussite?
On peut bien sûr invoquer l'obligation légale; en vertu de l'article 22-7°,
il est du devoir de l'enseignant de respecter le projet éducatif de l'école.
Ce qui risque de s'avérer plus efficace, c'est de marteler que
- les élèves ont besoin qu'on se mette d'accord sur un certain nombre de problématiques;
- nous, leurs éducateurs, allons continuer à déplorer certaines lacunes chez nos élèves tant et aussi longtemps qu'on ne se ligue pas pour y remédier.
- tant qu'à payer le prix de la concertation, pourquoi ne pas mettre nos espoirs dans les moyens à propos desquels la recherche empirique nous suggère qu'ils seront payants?
Pour ce faire, on place la formation continue du personnel au coeur du plan de réussite.
Du coup, on rejoint la 7e ligne d'action de la réforme.

Quant à la 3e
ligne d'action de la réforme, on se souviendra qu'elle se décline comme suit:
- accroître les responsabilités et la marge de manoeuvre de l'école;
- décentraliser l'organisation du travail;
- accentuer le leadership pédagogique des directions d'école;
- [...]
- renforcer les liens des écoles et des commissions scolaires avec leur communauté et de clarifier leurs obligations d'imputabilité.
En somme
La réforme n'est pas une série de prescriptions (telle manière d'enseigner, telle façon d'évaluer, telle organisation du travail) mais bien un processus
- qui commence par l'identification, en collégialité, de défis complexes,
- qui se poursuit par quelques réponses locales et provisoires
- et qui prend fin, provisoirement, par une évaluation de l'efficacité de ces réponses.
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler