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Qui trop embrasse de moyens mal étreint l'objectif

 
 

En résumé...

1. La réforme = trois défis lancés à l'école:
* Instruire à l’ère du savoir ?!?
* Socialiser dans une société ouverte & moderne ?!?
* Qualifier 100% d’une génération ?!?
2. Le projet éducatif = la réponse (locale et temporaire) à cette question
3. Le plan de réussite = la vérification périodique de l'adéquation entre la question et la réponse proposée.

 
 
Une réflexion
en guise
d'apéro

 
«Dans tout groupe de choses contribuant à un effet commun, la majeure partie de l'effet est attribuable à un nombre relativement faible de ces choses.»
 
 
La source
Joseph M. Juran
 
 

Les détails...

Les Américains ont une expression éloquente: «the vital few and the useful many». 

Les manuels de « gestion 101 » le disent dans le langage universel—80/20—lorsqu'ils évoquent le fameux principe de Pareto: l’idée que 20% des efforts disponibles suffiraient à produire 80% des résultats escomptés—à condition de trouver ces 20% déterminants!

Et l'animateur de (se) demander: mais..., quel était le malaise à l'origine de toutes ces prescriptions?

 
 

Précisions

En passant, Vilfredo Pareto (1848-1923) n’a rien dit de la sorte. Il a seulement dénoncé la distribution inégale de la richesse au sein de toutes les sociétés. 

Dans son Cours d'économie politique (1896, 1897), il a soumis que cette iniquité obéissait à une équation du type log N = log A + m log x

où N désigne le nombre de personnes dont les ressources excèdent un montant x, A et m étant des constantes. 

Une génération plus tard, Joseph Juran (1904-), un des fondateurs du mouvement connu sous le nom de «total quality management», faisait un lien avec sa propre intuition à l'effet que les gestionnaires seraient bien avisés de toujours distinguer les «useful many» des «vital few».

 
 

Un exemple

Revenons aux plans de réussite et mettons-nous dans la peau d'un enseignant qui n'a pas fait partie du comité de pilotage.

Imaginons que la tempête d'idées (mettons pour mousser la motivation des élèves) ... 

  • déclenchée au moyen d'un référentiel des compétences professionnelles,
  • et centrée sur ce qu'il est possible de faire en classe et dans l'école,

... génère une longue liste de moyens sans doute fort utiles: du décloisonnement, des semaines thématiques, des projets intéressants, des intentions de diversification, un tableau d'honneur et de récompenses... et tutti quanti.

La réunion terminée, cet enseignant replonge dans ses affaires. Une demi-heure plus tard, il y a fort à parier qu'il se souvient... de 20% des items sur cette liste.

Pendant ce temps, le comité de pilotage s'affaire à compiler les idées énoncées.

Deux semaines plus tard, au moment où le plan de réussite est envoyé à l'imprimerie, c'est au tour des membres du comité de pilotage de ne se souvenir que de 20% des moyens retenus, et pas des mêmes items en plus.

L'été passe.
La rentrée amène des visages nouveaux.

La direction de l'école est-elle alors capable de leur communiquer, de mémoire, 

  • les attentes du projet éducatif? 
  • les moyens privilégiés?

À défaut de pouvoir les verbaliser spontanément, elle risque de leur distribuer toute la liste des «useful many».

La mémoire étant ce qu'elle est, aidée de ce que l'on sait des rentrées scolaires... le risque est hélas! grand que ce travail prometteur finisse par être tabletté.

 
 

Un exemple: la motivation

On peut déjouer ce risque en se mettant d'accord sur les «vital few».

À propos de la motivation scolaire par exemple, la recherche empirique nous apprend qu'ils sont au nombre de quatre:

  1. les activités pédagogiques proposées
  2. l’évaluation
  3. le système de récompenses et de sanctions 
  4. et l’enseignant lui-même.
 
 

Sur l'impact des activités pédagogiques...

la recherche empirique nous apprend qu'elles doivent réunir six conditions pour affecter la motivation à la hausse: avoir une certaine signification pour les élèves,  représenter pour eux un défi à relever;  mener à des réalisations semblables à celles qu’ils retrouvent dans la vie courante; être d’un niveau de difficulté qui exige de s’engager sur le plan cognitif;  les responsabiliser en leur permettant de faire des choix;  comporter des objectifs et des consignes clairs. 
 
 

Sur les impacts d'une évaluation axée sur le rendement et la comparaison...

... la recherche empirique nous en révèle trois: les élèves plus faibles voudront protéger leur amour-propre, donc auront recours à des stratégies d’évitement; tous les élèves auront tendance à ne valoriser que les activités qui sont notées; un grand nombre d'élèves opteront pour les activités faciles plutôt que celles qui comportent un défi susceptible de conduire à des apprentissages durables.
 
 

Sur l'impact du système de récompenses et de sanctions...

... ...la recherche empirique nous met en garde contre les effets pervers, i.e., le risque que nos élèves se mettent à travailler pour obtenir des récompenses, non pour le plaisir d'apprendre (avec cette nuance: les récompenses sont utiles si elles se présentent sous forme de commentaires encourageants qui aident les élèves à se percevoir comme capables d'accomplir la tâche demandée.) 
 
 

Sur l'impact de l'enseignant...

... ...la recherche empirique nous apprend qu'il ne suffit pas d'être chaleureux avec ses élèves, c’est-à-dire ouvert, ayant le sens de l’humour, empathique, ...etc. Pour augmenter la motivation des élèves, encore faut-il se montrer compétent à organiser et à gérer sa classe d’une manière efficace.   
 
 

En somme

On le voit, chacun des quatre morceaux du fameux 20% ouvre lui-même sur un univers de changements (potentiellement) majeurs.

Une équipe-école serait donc bien avisée de n'embrasser que peu de changements si elle veut les étreindre avec force, rigueur et surtout persistance.
Autrement dit: si elle veut qu'ils soient efficaces.
 

Mais lesquels choisir? 
Peu importe: le moins menaçant, le plus familier, ... l'essentiel est d'apprivoiser la posture d'un professionnel de l'apprentissage:

«l’urgence consiste à ouvrir la réflexion et à semer le doute beaucoup plus qu’à avancer rapidement vers une solution praticable. Je ne suis évidemment pas contre les solutions praticables lorsqu’elles sont possibles. Mais je suis contre les pseudo solutions qui ne règlent rien sur le fond et n’ont d’autre fonction que de rassurer l’institution jusqu’au moment où elle devra bien constater que les problèmes demeurent et qu’on a perdu son temps.»

 
Réalisation: Amine Tehami
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler
 
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page rédigée le 27 jan. 2004
mise à jour le 06 novembre 2007
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