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Le nerf de la guerre: le développement professionnel

 
 

En résumé...

Plusieurs fois par jour, nos élèves se rebellent face à des tâches, dorment sur leur pupitre ou, pire encore, affichent des masques nous faisant croire qu'il sont attentifs. Aucun changement traditionnel ne réglera cette situation. Seul peut le faire un changement sur les représentations mentales, un travail de longue haleine qui passera par la formation continue et qui prendra au moins la durée de vie du plan de réussite pour faire voir ses fruits. 

 
 
Une réflexion
en guise
d'apéro

 
À propos de «la nécessité d’un changement du troisième type, qui consiste à mettre enfin l’accent, ouvertement et institutionnellement, sur ce que vivent les élèves et les maîtres au jour le jour, dans les classes et les établissements:

Un changement du troisième type, c’est une question d’âme pourrait-on dire, au risque de paraître romantique ou théologique. Disons, de façon plus prosaïque, que c’est une question de sens : sens de la présence, du travail, de la coopération en classe et dans [l'école], et peut-être au-delà, sens de la relation et de la vie.» 
 
 
La source
> Philippe Perrenoud, 1990, texte complet  
 
 

Les détails...

Quels moyens concrets, prometteurs, judicieux, ...etc., inscrire à son plan de réussite?

À cette étape-ci, on risque de se retrouver entre l'écorce et l'arbre:

  • une écorce qui nous dit: n'attendez pas de directives ministérielles ou C.S., soyez à l'écoute de votre culture locale, méfiez-vous des bons trucs hâtivement transplantés chez soi, faites émerger par votre équipe-école,
  • ... & un arbre qui, il faut le dire franchement, ne produit pas beaucoup de fruits spectaculaires, i.e., nos remue-méninges génèrent souvent des projets usés, vaguement libellés, sans modalités précises.

La tentation est forte de se décourager devant la souris que risque d'accoucher cette montagne de concepts, de réunions, d'ateliers, de comités, ...etc.

Une souris qui viendrait alimenter le cynisme de ceux qui en ont vu d'autres, le scepticisme de ceux qui attendent de voir des ressources additionnelles et sonnantes ou encore l'insécurité de ceux qui naviguent en mode survie et que le changement, si modeste soit-il, vient menacer.

 
 

Une parenthèse

Une parenthèse s'impose ici sur la notion de dynamique du changement.

La pression est forte sur chaque école de produire des idées originales, concrètes, prometteuses, judicieuses, ... de type II:

 
 
 

Un exemple

Prenons l'exemple d'une école qui privilégie, au rang de ses objectifs, d'augmenter la motivation scolaire de ses élèves, un objectif on ne peut plus louable.

Que risque-t-on de voir au chapitre des moyens?

  • «diversifier nos approches pédagogiques»?
  • «respecter les différents styles d'apprentissage»?
  • telle et telle activités parascolaires?
  • «sensibiliser les parents quant aux rôles et responsabilités parentales réputées aidants en la matière»? ...

... et chacun de retourner à ses élèves, refermant la porte de sa classe, non sans avoir déposé distraitement la chemise «plan de réussite», pour renouer avec ses habitudes, ses leçons, son quotidien, ses soucis, ... le plus consciencieusement du monde.

Or que sait-on, empiriquement, de cette motivation scolaire?

 
 

Ce que l'on sait de la motivation?

Que c'est une question de contexte, non de projets particuliers ou de structures spécifiques. Ce n'est pas une attitude que l'on peut faire émerger une fois pour toutes (par le biais du bon et judicieux changement de type II) et encore moins un trait de personnalité immuable.

La motivation se modifie au fil des événements qui surviennent dans la vie de l'écolier. Elle dépend en grande partie des perceptions que l'élève a de lui-même et de son environnement.

Dans une recension de la recherche empirique publiée dans Vie pédagogique, Rolland Viau de l'Université de Sherbrooke écrit

«Étude après étude, les résultats confirment le rôle primordial de l’enseignant sur la motivation des élèves. Ce rôle, il le joue en prenant en considération les facteurs liés à la classe. Ceux qui semblent avoir le plus d’effet sur la motivation et qui ont fait l’objet de nombreuses études sont les activités pédagogiques proposées, l’évaluation, le système de récompenses et de sanctions et l’enseignant lui-même.» 

À propos de la variable activités pédagogiques, Viau cite six conditions importantes à remplir pour qu’elles puissent susciter la motivation des élèves.

La principale: avoir une certaine signification pour les élèves, c’est-à-dire qu’elles doivent correspondre à leurs champs d’intérêt, s’harmoniser avec leurs projets personnels et répondre à leurs préoccupations (emphase ajoutée)

On verrait mal, soit dit sans ironie, l'exemple de plan de réussite susmentionné évoquer la question du sens du travail scolaire que Perrenoud s'excuse presque de mettre de l'avant.

 
 

Le dilemme des enseignants

Dans un autre texte, le même Perrenoud ajoute:

Les enseignants ne sont pas insensibles au problème, mais ils se disent "Si je devais chaque jour commencer à expliquer, à négocier, à donner un sens au contenu de mon enseignement et des tâches, je n’en finirais pas, on perdrait du temps, on ne ferait jamais le programme et les élèves en profiteraient pour abuser de la situation". Dans la mesure où tout le monde adhère à cette sorte de réalisme, la plupart des élèves du monde se retrouvent, tous les jours, devant des tâches qui leur paraissent sans queue ni tête, des explications et des exercices dont ils ne voient pas la raison d’être. On s’habitue à tout, même au non-sens. Il n’empêche donc pas les écoles de fonctionner, les élèves de faire leurs exercices et d’écouter les leçons. En revanche, il empêche d’apprendre véritablement. On s’étonne souvent du peu de transfert des connaissances scolaires à des situations qui s’écartent des situations d’enseignement, d’exercice et d’évaluation. Pourquoi y aurait-il transfert si les performances scolaires sont des concessions consenties au système didactique et aux attentes du maître, des choses qu’on fait "pour s’en débarrasser", pour avoir la paix, pour être conforme, sans plaisir et sans comprendre le sens de ce que l’on fait ?

 
 

Récapitulons

Fermons la parenthèse, momentanément, pour récapituler le raisonnement amorcé plus haut au moyen de notre exemple:
 
  • forte de son analyse de situation, une école identifie la problématique de la démotivation
  • soucieuse d'y remédier, elle cherche des solutions à la problématique
  • spontanément, elle situe son remue-méninges dans le registre II: «quels moyens? quels projets? quelles initiatives? quels aménagements? quels partenariats?... etc., pourrait-on bien imaginer?»
  • or les moyens du registre II risquent de décevoir, et deux groupes plutôt qu'un: ceux qui s'attendent à de l'originalité percutante (on entend souvent l'expression: couleur locale) comme ceux qui s'attendent à un rapprochement avec les conceptions savantes (en l'occurrence de la motivation scolaire), fondées sur des recherches empiriques. 

Comment s'en sortir?

 
 

Reprenons la parenthèse:

Le ton apologétique de Perrenoud, en exergue, est familier pour les formateurs d'enseignants (de même que pour les directeurs et directrices).

Tous présument que les enseignants sont des praticiens sans disposition ni patience pour le 3e étage de la pyramide du changement. 

Cette présomption a souvent été renforcée lorsque les présentateurs se sont aventurés sur le terrain du sens, des fondements, des principes, ...

Des scénarios pédagogiques. Voilà ce que les praticiens du terrain veulent. Pas de la philosophie.

Fort bien.

 
 

Que faire?

Dans ce cas, il s'agit 
  1. d'accepter que les moyens (de type II) suscités par son remue-méninges ne soient ni percutants ni savants (i.e., de réduire la pression que l'on ressent ou que l'on se met)... 
  2. mais d'ajouter une seconde rubrique à son remue-méninges: au-delà des idées de moyens auxquelles je puis contribuer, quel perfectionnement, quel accompagnement, quelle forme de conseillance pédagogique, ...etc., ai-je besoin, moi enseignant qui ai contribué à identifier la démotivation comme problématique?
    (Pour récolter cette information, voir une suggestion de tableau au bas de cette page; pour un référentiel de compétences des enseignants susceptible d'enrichir la récolte, voir le tableau bas de cette page.)

Autrement dit, le changement de type III n'a pas à se faire ou se dire au moment de la rédaction du plan de réussite.

Il sera pris en compte dès l'instant que la formation continue est au coeur des moyens retenus dans le plan de réussite. Seule cette formation continue peut provoquer les changements de type III.

En l'occurrence, seule une formation en profondeur (i.e. avec accompagnement) sur la notion de motivation peut commencer à changer le regard que portent les enseignants sur leurs élèves. 

Donc sur leur relation didactique avec eux.

Donc sur la qualité des apprentissages.

Et, enfin, sur le transfert dans la vraie vie.

 
 

En somme

Plusieurs fois par jour, nos élèves se rebellent face à des tâches, dorment sur leur pupitre ou, pire encore, affichent des masques nous faisant croire qu'il sont attentifs.

Aucun changement de type II ne réglera cette situation. Ces élèves ont besoin qu'on leur explicite le sens de nos leçons; de défis réalistes; de mises en situations branchées sur leur vie extra-scolaire; de pouvoir faire des choix; d'objectifs et des consignes clairs. 

Aucun moyen traditionnel (plan d'action, plan de réussite, ...) ne peut réunir autant de conditions aussi souvent qu'il le faudrait pour réconcilier ces élèves avec le travail scolaire. Seul peut le faire un changement sur les représentations mentales, un travail de longue haleine qui passera par la formation continue et qui prendra au moins la durée de vie du plan de réussite pour faire voir ses fruits. 

 
Réalisation: Amine Tehami
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler
 
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page rédigée le 20 jan. 2004
mise à jour le 06 novembre 2007
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