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Quoi évaluer? D'abord et avant tout: des apprentissages
En résumé...
Lorsque l'évaluation est imposée par les responsables du système scolaire, il faut amener les intervenants à se l'approprier pour qu'elle corresponde également à leurs propres questionnements, à leurs propres intérêts et pour qu'elle réponde à leurs préoccupations «terrain». Comment? En centrant l'évaluation sur les apprentissages des élèves.
Une réflexion
en guise
d'apéro
«[...] l'évaluation de pratiques ou de programmes reste une pratique très peu emballante pour la majorité des intervenants des écoles [...]. Une des premières leçons enseignées par le domaine de l'évaluation est justement d'admettre l'existence répandue de ces réactions négatives pour les comprendre d'abord et, ensuite, pour tâcher de ne pas les susciter ou de ne pas les accroître. [...]
Elles sont presque toujours fondées:
- parfois sur des craintes légitimes au sujet de la démarche (mais il est possible de les surmonter
- par une meilleure connaissance de l'évaluation);
parfois sur des sentiments d'incertitude quant à l'utilisation des résultats de l'évaluation (mais ils s'estomperont avec une participation active à toute la démarche);
- ou encore sur l'impression de manquer de temps (mais ceci peut être compensé en intégrant avec doigté la démarche d'évaluation, par petites étapes, dans le reste du travail quotidien)
Enfin, si l'évaluation est imposée par les responsables du système scolaire, il faudra amener les intervenants à en profiter, en trouvant une façon de se l'approprier pour qu'elle corresponde également à leurs propres questionnements, à leurs propres intérêts et pour qu'elle réponde à leurs préoccupations "terrain".»
La source
Louise Gaudreau, UQAM, auteur d'Évaluer pour évoluer, Ed. Logiques, 2001
Les détails...
Ce dernier conseil de Louise Gaudreau est précieux.
Or quelles sont les préoccupations «terrain»...
- ... des élèves, à qui lon propose des pratiques nouvelles (auto-évaluation, portfolio,
etc.)?
- ... des enseignants, à qui lon demande de revoir de fond en comble leurs pratiques en matière dévaluation?
- ... des parents, surtout ceux qui sont actifs dans la démocratie scolaire, à qui lon demande de considérer de nouveaux bulletins ?
- ... des directions décole, à qui lon demande simultanément de comprendre ces changements, de les promouvoir et de contribuer à surmonter les résistances naturelles quils suscitent ?
Le dénominateur commun à ces préoccupations «terrain»
Le dénominateur commun de ces préoccupations "terrain", on le voit, cest l
évaluation des apprentissages.
Voici un exemple pour illustrer comment lemphase sur lévaluation des apprentissages peut aider une direction décole :
- à se simplifier la vie en gérant simultanément deux dossiers importants: le plan de réussite et la réforme des pratiques évaluatives
- à mobiliser son équipe en fondant la démarche sur les préoccupations des intervenants sur le terrain
- à suivre à la trace limpact de ces deux dossiers sur lessentiel : est-ce que les élèves apprennent mieux et plus?
Un exemple
À létape de l
analyse , imaginons quune équipe-école constate que ses élèves sont nombreux à êtres des enfants uniques.
Cette observation suscitera des commentaires du type : enfants uniques ou pas, un grand nombre de nos élèves ont de la difficulté à négocier, à faire des compromis, à tolérer des points de vue divergents, à mener à terme un projet déquipe.
Sur la base de ces préoccupations "terrain", pour reprendre lexpression de Gaudreau, cette équipe sera encouragée à dresser le profil de ses élèves selon les 4 échelons de la compétence coopérer
(cf. figure ci-contre qui révèle, à titre dexemple, que 40% des élèves sont à léchelon 2).
À létape des objectifs , elle sera encouragée à les formuler en fonction de ces mêmes échelles, comme lillustre le graphique ci-contre (dans lequel lobjectif déclaré est daugmenter de 40% à 55%, dici 2006, le pourcentage des élèves qui sont au moins à léchelon #3 de léchelle de la compétence coopérer).
Létape cruciale des moyens comprendra, au minimum, un plan de formation visant lappropriation de ces nouvelles pratiques en matière dévaluation des apprentissages.
Enfin, avec une telle analyse et un objectif ainsi formulé, létape «modes d'évaluation » ne peut quévoquer qui fera quoi, quand et comment au regard de lévaluation de cette compétence.
Le mot de la fin
Philippe Perrenoud a raison de nous prévenir quil
«est inutile de se demander comment former et évaluer des compétences aussi longtemps que les professeurs ne voient pas pourquoi changer. Lurgence nest pas tant de les instrumenter que de le leur donner des raisons dadhérer à la réforme curriculaire. »
Cest ce que la démarche ici proposée tente de faire : partir des raisons identifiées par les enseignants eux-mêmes«nos élèves présentent telle ou telle lacune», lacunes généralement assimilables à une compétencepour les inciter à former puis évaluer ces compétences.
Ce faisant, le changement sera souhaité par la base plutôt quimposé par le haut.
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler