Imaginons une enseignante nouvellement engagée dans cette école.
Imaginons que sa directrice la rencontre pour lui parler du plan de réussite.
Essayons d'imaginer cette conversation...
Au cours de l'automne 2002, la revue Vie pédagogique donnait la parole à

«six enseignants du primaire et du secondaire qui ont accepté courageusement de traiter de cette question délicate et controversée encore peu intégrée dans notre culture et nos pratiques scolaires.»
Voici un extrait de ce
numéro:
«Le problème qui se pose, selon les enseignants présents, ce nest pas tant davoir à rendre des comptes, mais cest plutôt la façon dont la reddition de comptes sarticule. Certaines démarches utilisées dans une école ou au sein dune commission scolaire peuvent rendre menaçante et improductive cette «obligation de résultats» qui pourrait pourtant mener à plus de créativité sur le plan professionnel.»
La directrice: Le plan de réussite, ça te dit quelque chose?
L'enseignante: De façon vague et générale, oui. Mais je suppose que vous voulez me parler plus spécifiquement du vôtre... je veux dire du nôtre!
La directrice: Oui... Au printemps dernier, on a convenu d'une démarche en trois temps. Comme truc mnémotechnique, on a trouvé RÉR. Comme à la banque mais avec un E en moins.
L'enseignante: Je ne vois pas bien: aucun objectif ne commence par R...
La directrice: C'est juste, sauf que ce premier R, c'est pour responsabilité. Pour chacun des objectifs, je vais commencer par te confier un mandat bien précis dont tu devras t'acquitter.
L'enseignante: Et ce mandat, à quoi ressemble-t-il? Vous allez me dire comment enseigner le français écrit?
La directrice: Non, évidemment, mais avant de poursuivre, tu dois savoir que pour les trois objectifs en question, c'était clair que nous avions intérêt à les affronter ensemble plutôt que chacun dans son coin. Pour rester avec l'exemple du français écrit, nous avons cherché quel moyen semblait le plus prometteur selon la recherche empirique.
L'enseignante: A priori, je vous dirai que pour mieux écrire, il faut écrire le plus souvent possible, non? Mais vous savez le temps fou que prennent les corrections par la suite.
La directrice: Tu mets le doigt sur le bobo: nous nous sommes justement demandés comment envoyer le singe sur le dos des élèves? Et la réponse: pourquoi ne pas leur inculquer une méthode pour se corriger eux-mêmes?
L'enseignante: Je vous vois venir: d'où l'importance de convenir ensemble d'un même outil, pour ne pas désorienter les élèves à chaque fois qu'ils changent de titulaire. Et le É, c'est quoi?
La directrice: C'est l'évaluation. Nous avons convenu d'évaluer deux choses: l'atteinte de notre objectif, je veux dire le pourcentage d'entre nos élèves qui répondent aux attentes de fin de cycle... et l'implantation effective du principal moyen-classe retenu, en l'occurrence la grille commune d'auto-correction.
L'enseignante: Laissez-moi deviner: l'autre R, c'est la reddition de comptes. Avec le nombre d'EHDAA intégrés que vous venez de me confier, vous ne vous attendez tout de même pas à des résultats mirobolants?
La directrice: Non, bien sûr mais je vais te demander des comptes sur le mandat que l'école t'aura confié: auras-tu participé à la confection de la grille? L'auras-tu inculquée à tes élèves? Te seras-tu assurée qu'ils s'en servent?
L'enseignante: Si je comprends bien, vous me mettez de la pression quant aux moyens mais vous ne me jugerez pas quant aux résultats?
La directrice: Je serai bien naïve de le faire, puisque tu ne disposes pas de tous les leviers. Mais ceux dont tu disposes, et cette grille en est un modeste élément, modeste mais prometteur, eh bien je m'attends à ce que tu les utilises, et bien à part ça!
L'enseignante: Et que va me coûter le RÉR de la coopération?
La directrice: La responsabilité de prévoir des activités qui requièrent de la coopération. Comme la LIP le dit si bien, je n'ai pas à t'imposer de «modalités d'intervention pédagogique»; je ne te dirai donc pas quelles activités planifier ou quels projets envisager, ni comment le faire mais tu admettras que l'adage
du forgeron est incontournable ici: c'est en cherchant à coopérer qu'on apprend à le faire.
L'enseignante: Et là encore, je suppose que j'ai intérêt à échanger des idées, des outils, des bons coups avec mes collègues. Ce n'est pas évident d'imaginer seule de telles activités si on n'y a pas été habitué.
La directrice: Sans compter que tu devras t'approprier les échelles de compétences. Or tes collègues de cycle ont développé une grille d'observation très aidante.
L'enseignante: Et le sens des responsabilités?
La directrice: Ici, je t'avoue que notre réflexion n'est pas terminée. Une partie de l'équipe ne jure que par le conseil de coopération, une autre voudrait commencer plus modestement et viser d'une pierre deux coups: elle souhaite travailler et la coopération et le sens de responsabilités par le biais unique de la pédagogie du projet.
L'enseignante: Mais comment allez-vous négocier votre RÉR avec le conseil d'établissement à ce moment-là?
La directrice: Dans un sens, le C.É. nous a confié un mandat général sur trois ans et plusieurs petits mandat spécifiques d'ici là. Dans un an, j'aurai des comptes à rendre sur la disponibilité de la grille commune d'auto-correction et sur la fréquence des activités qui requièrent un travail de coopération. Cet automne, je nous crois capables de soumettre des propositions concrètes quant au sens des responsabilités.
L'enseignante: Et l'impact sur les élèves? On n'en parle pas la première année?
La directrice: Si, mais seulement pour nous faire la main sur les deux échelles de compétences, la coopération et l'écrit, et sur notre grille-maison pour observer le degré de responsabilisation de nos élèves.
L'enseignante: Ça me semble bien doux, comme approche. Vous n'avez pas de comptes plus précis à rendre à la commission scolaire, au MEQ?
La directrice: Ni l'un ni l'autre ne m'ont confié de mandat clair, précis et explicite, si ce n'est de piloter un plan de réussite conforme aux spécifications de la LIP. Vis-à-vis de la CS, je dois m'assurer que nous avons tenu compte de ses cinq grandes priorités. Or il se trouve que pour quatre d'entre elles, nous n'avons pas de difficulté majeure. Seul le français nous semblait incontournable. Évidemment, il se peut que je sois appelée à fournir des informations pour que la CS fasse la même démarche du RÉR vis-à-vis de son conseil des commissaires.
L'enseignante: Puis ce sera au tour du ministre vis-à-vis du Parlement, donc de vous et moi.
La directrice: Ce qui vient boucler la saison des RÉR!