Sur cette page...
À quoi sert l'analyse?
En résumé...
Ce n'est pas (seulement) une corvée pour répondre à une commande légalo-administrative. Ce n'est pas davantage, comme on le croit volontiers, une étape cruciale si on veut gérer la réussite de manière rationnelle, rigoureuse, systématique. Au mieux, et c'est déjà beaucoup, lanalyse contribue à construire une culture de la responsabilisation collective.
Une citation
en guise
d'apéro
«Désormais, la scolarité est conçue comme une longue marche dont chaque étape prépare à la suivante, au gré d'une division verticale du travail de formation qui nexige pas que chacun des maillons de la chaîne se représente laboutissement du processus. [...] Alors que le monde du travail industriel sort lentement du taylorisme et s'efforce de recomposer les tâches et de donner à chaque opérateur une vue d'ensemble du processus de production et de ses finalités, l'école reste fondamentalement tayloriste : chacun fait ce qu'il a à faire, plus ou moins correctement, sans avoir à se soucier du résultat final. Les travaux sur les écoles efficaces insistent d'ailleurs sur la responsabilité collective, au sein d'un établissement, de l'ensemble du processus de formation, ce qui montre que cela ne va pas de soi. De facto, l'école fonctionne même lorsque de nombreux professeurs n'ont aucune idée de ce qui se passe à d'autres étapes du processus, qu'ils ne s'y intéressent nullement ou, plus simplement, ne s'en sentent pas responsables. Cela produit des échecs et des inégalités, mais encore faut-il s'en rendre compte pour mettre en question ce découpage du cursus en étapes dont chacune devient une fin en soi.»
La source
Les détails...
Commençons par écarter deux réponses inintéressantes.
1) Ça sert à répondre à une commande légalo-administrative
Voilà une réponse inintéressante par son contenu, pas par son existence.
Au contraire, comme il est certain quelle sera portée par quelques personnes autour de la table, il serait judicieux dinstaller un climat de confiance et de sécurité pour quune telle réponse puisse sexprimer ouvertement.
Comme nous le rappelle Louise Gaudreau,
«l'évaluation de pratiques ou de programmes reste une pratique très peu emballante pour la majorité des intervenants des écoles [...]. Une des premières leçons enseignées par le domaine de l'évaluation est justement d'admettre l'existence répandue de ces réactions négatives pour les comprendre d'abord et, ensuite, pour tâcher de ne pas les susciter ou de ne pas les accroître. »
(Ce site explore
ailleurs une piste prometteuse pour ne pas susciter ou accroître ces réactions.)
Dans le cas très précis où cest la direction de lécole qui la formule, cette première réponse devient intéressante par son contenu. Dans ce cas-là, soit dit sans détours ni jugement, la direction de lécole serait bien avisée de gérer seule le dossier, libérant du même coup les énergies de son équipe vers des tâches plus utiles pour les élèves.
2) Ça sert à prendre les meilleures décisions
Selon un second point de vue, l'analyse servirait à gérer de manière rationnelle, rigoureuse, systématique,
et autres qualificatifs caractéristiques de lhémisphère gauche du cerveau.
Plus spécifiquement, lanalyse servirait à cibler les bonnes priorités et à repérer les moyens les plus efficaces pour actualiser ces priorités.
Voilà une réponse qui trahit un phantasme tenace: lidée quil est possible de transférer à léchelle dun établissement les méthodes de la recherche scientifique mais sans les compétences pointues ni les ressources quelles supposent et quand même espérer obtenir des résultats fiables.
En sus du manque de ressources et de compétences, on ne peut passer sous silence la méfiance du corps enseignant à lidée quil est possible de théoriser lenseignement, à lidée que la pédagogie nest pas seulement un art subtil et évanescent, qui échappe à tout effort analytique; bref, à lidée quil existe des pratiques plus efficaces que dautres.
Enfin, il y a la complexité inhérente de lobjet analysé. Comme le rappelle avec éloquence Maurice Tardif, nos élèves...
«...sont des objets très complexes ou du moins, plus complexes que les objets physiques et la plupart des autres objets produits par le travail humain. Cette complexité de l'humain se manifeste notamment par la nature imprécise des attributs qu'il faut changer chez l'élève (la personnalité, la formation intellectuelle, le goût d'apprendre, la qualité de la langue, le sens de l'émerveillement, etc.), lesquels renvoient à des réalités ambiguës, porteuses de valeurs, d'intérêts et d'affectivité. Ces réalités sont très difficiles à mesurer et en plus, elles sont lobjet dévaluations sociales et humaines, comme le montrent, par exemple, les disputes infinies sur la qualité de la langue des élèves. Après quarante ans des réformes, nous ne savons toujours pas de façon précise si le niveau monte ou baisse.»
> Texte complet de Tardif
3. Lanalyse sert à construire une culture de la responsabilisation collective
Voilà une réponse un peu plus prometteuse que les deux premières.
Pour peu que lanalyse parte des préoccupations «terrain» manifestée par les intervenants, elle permet
- de construire, ensemble, une paire ou un trio dorientations succinctes et connues de tous (surtout des élèves et des enseignants), cest-à-dire une boussole qui finira par guider une équipe dans ses nombreuses délibérations (entre telle approche pédagogique et telle autre, entre tel manuel et tel autre, entre tel type dexamen et tel autre, entre tel type de bulletin et tel autre, entre tel règlement et tel autre, entre telle sortie et telle autre, entre telle activité et telle autre, entre tel perfectionnement et tel autre, ...etc.)
- de réfléchir, ensemble, sur les moyens appropriés pour atteindre les cibles associées aux orientations choisies. Or lessentiel des ressources et des moyens dans une école, faut-il le rappeler, cest encore le travail accompli au quotidien par les enseignants.
La différence ave la première réponse (corvée)
À la différence de la première réponse, on est ici dans une posture de pro-activité : le plan de réussite est peut-être un instrument obligé par la loi mais personne ne peut nous dicter les gestes que nous poserons avec lui, alors aussi bien nous en servir pour résoudre des problématiques qui nous touchent et nous interpellent
La différence ave la seconde réponse (corvée)
À la différence de la seconde réponse, on aborde le dossier avec lhémisphère droit du cerveau, cest-à-dire avec une sensibilité aiguë pour des attitudes comme lengagement, la résistance passive, la responsabilisation,
etc.
En conséquence
Les autres questions (quoi analyser? au moyen de quel(s) instrument(s)? ...etc.) devraient être guidées par un seul souci: quelle réponse favorise la création/consolidation d'une culture de la responsabilisation collective?
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler