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À quoi sert l'analyse?

 
 

En résumé...

Ce n'est pas (seulement) une corvée pour répondre à une commande légalo-administrative. Ce n'est pas davantage, comme on le croit volontiers, une étape cruciale si on veut gérer la réussite de manière rationnelle, rigoureuse, systématique. Au mieux, et c'est déjà beaucoup, l’analyse contribue à construire une culture de la responsabilisation collective. 
 
 
Une citation
en guise
d'apéro

 
«Désormais, la scolarité est conçue comme une longue marche dont chaque étape prépare à la suivante, au gré d'une division verticale du travail de formation qui n’exige pas que chacun des maillons de la chaîne se représente l’aboutissement du processus. [...] Alors que le monde du travail industriel sort lentement du taylorisme et s'efforce de recomposer les tâches et de donner à chaque opérateur une vue d'ensemble du processus de production et de ses finalités, l'école reste fondamentalement tayloriste : chacun fait ce qu'il a à faire, plus ou moins correctement, sans avoir à se soucier du résultat final. Les travaux sur les écoles efficaces insistent d'ailleurs sur la responsabilité collective, au sein d'un établissement, de l'ensemble du processus de formation, ce qui montre que cela ne va pas de soi. De facto, l'école fonctionne même lorsque de nombreux professeurs n'ont aucune idée de ce qui se passe à d'autres étapes du processus, qu'ils ne s'y intéressent nullement ou, plus simplement, ne s'en sentent pas responsables. Cela produit des échecs et des inégalités, mais encore faut-il s'en rendre compte pour mettre en question ce découpage du cursus en étapes dont chacune devient une fin en soi.»
 
 
La source
Philippe Perrenoud, > texte complet
 
 

Les détails...

Commençons par écarter deux réponses inintéressantes.
 
 

1) Ça sert à répondre à une commande légalo-administrative

Voilà une réponse inintéressante par son contenu, pas par son existence. 

Au contraire, comme il est certain qu’elle sera portée par quelques personnes autour de la table, il serait judicieux d’installer un climat de confiance et de sécurité pour qu’une telle réponse puisse s’exprimer ouvertement. 

Comme nous le rappelle Louise Gaudreau,

 «l'évaluation de pratiques ou de programmes reste une pratique très peu emballante pour la majorité des intervenants des écoles [...]. Une des premières leçons enseignées par le domaine de l'évaluation est justement d'admettre l'existence répandue de ces réactions négatives pour les comprendre d'abord et, ensuite, pour tâcher de ne pas les susciter ou de ne pas les accroître. »

(Ce site explore ailleurs une piste prometteuse pour ne pas susciter ou accroître ces réactions.) 

Dans le cas très précis où c’est la direction de l’école qui la formule, cette première réponse devient intéressante par son contenu. Dans ce cas-là, soit dit sans détours ni jugement, la direction de l’école serait bien avisée de gérer seule le dossier, libérant du même coup les énergies de son équipe vers des tâches plus utiles pour les élèves. 

 
 

2) Ça sert à prendre les meilleures décisions

Selon un second point de vue, l'analyse servirait à gérer de manière rationnelle, rigoureuse, systématique, … et autres qualificatifs caractéristiques de l’hémisphère gauche du cerveau.

Plus spécifiquement, l’analyse servirait à cibler les bonnes priorités et à repérer les moyens les plus efficaces pour actualiser ces priorités.

Voilà une réponse qui trahit un phantasme tenace: l’idée qu’il est possible de transférer à l’échelle d’un établissement les méthodes de la recherche scientifique mais sans les compétences pointues ni les ressources qu’elles supposent et quand même espérer obtenir des résultats fiables.

En sus du manque de ressources et de compétences, on ne peut passer sous silence la méfiance du corps enseignant à l’idée qu’il est possible de théoriser l’enseignement, à l’idée que la pédagogie n’est pas seulement un art subtil et évanescent, qui échappe à tout effort analytique; bref, à l’idée qu’il existe des pratiques plus efficaces que d’autres.

Enfin, il y a la complexité inhérente de l’objet analysé. Comme le rappelle avec éloquence Maurice Tardif, nos élèves...

 
 
 
«...sont des “ objets ” très complexes ou du moins, plus complexes que les objets physiques et la plupart des autres objets produits par le travail humain. Cette complexité de l'humain se manifeste notamment par la nature imprécise des attributs qu'il faut changer chez l'élève (“la personnalité”, “la formation intellectuelle”, “le goût d'apprendre”, “la qualité de la langue”, “le sens de l'émerveillement”, etc.), lesquels renvoient à des réalités ambiguës, porteuses de valeurs, d'intérêts et d'affectivité. Ces réalités sont très difficiles à mesurer et en plus, elles sont l’objet d’évaluations sociales et humaines, comme le montrent, par exemple, les disputes infinies sur la qualité de la langue des élèves. Après quarante ans des réformes, nous ne savons toujours pas de façon précise si le niveau monte ou baisse.»
> Texte complet de Tardif
 
 

3. L’analyse sert à construire une culture de la responsabilisation collective

Voilà une réponse un peu plus prometteuse que les deux premières. 

Pour peu que l’analyse parte des préoccupations «terrain» manifestée par les intervenants, elle permet

  • de construire, ensemble, une paire ou un trio d’orientations succinctes et connues de tous (surtout des élèves et des enseignants), c’est-à-dire une boussole qui finira par guider une équipe dans ses nombreuses délibérations (entre telle approche pédagogique et telle autre, entre tel manuel et tel autre, entre tel type d’examen et tel autre, entre tel type de bulletin et tel autre, entre tel règlement et tel autre, entre telle sortie et telle autre, entre telle activité et telle autre, entre tel perfectionnement et tel autre, ...etc.)
  • de réfléchir, ensemble, sur les moyens appropriés pour atteindre les cibles associées aux orientations choisies. Or l’essentiel des ressources et des moyens dans une école, faut-il le rappeler, c’est encore le travail accompli au quotidien par les enseignants.
 
 

La différence ave la première réponse (corvée)

À la différence de la première réponse, on est ici dans une posture de pro-activité : le plan de réussite est peut-être un instrument obligé par la loi mais personne ne peut nous dicter les gestes que nous poserons avec lui, alors aussi bien nous en servir pour résoudre des problématiques qui nous touchent et nous interpellent
 
 

La différence ave la seconde réponse (corvée)

À la différence de la seconde réponse, on aborde le dossier avec l’hémisphère droit du cerveau, c’est-à-dire avec une sensibilité aiguë pour des attitudes comme l’engagement, la résistance passive, la responsabilisation, …etc.
 
 

En conséquence

Les autres questions (quoi analyser? au moyen de quel(s) instrument(s)? ...etc.) devraient être guidées par un seul souci: quelle réponse favorise la création/consolidation d'une culture de la responsabilisation collective?
 
 
Réalisation: Amine Tehami
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler
 
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page rédigée le 8 sept. 2003
mise à jour le 2 avril 2005
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