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Que doit-on analyser? exclure?

 
 

En résumé...

  • Parce que la liste des objets d'évaluation possibles, voire souhaitables, est beaucoup trop longue,
  • et parce que l'analyse, comme la beauté ou le blâme, dépend largement du regard porté sur la réalité...

... il est ici recommandé de se limiter à analyser ce qui a des chances

  • ... de commencer à provoquer un début de remise en question 
  • ... de déboucher sur des actions concrètes.
 
 
Une citation
en guise
d'apéro

 
«Souvent, quand une stratégie échoue, ceux qui sont au sommet de la hiérarchie blâment la mise en œuvre effectuée aux niveaux inférieurs de l'organisation: "Si seulement vous pouviez, espèces d'idiots, apprécier le caractère brillant de la stratégie que nous avons formulée..." En fait, les idiots situés plus bas dans la hiérarchie pourraient bien répondre: "Si vous êtes si intelligents, pourquoi n'avez-vous pas tenu compte du fait que nous sommes des idiots?" En d'autres termes, tout échec dans la mise en œuvre est par définition également un échec dans la formulation. S'il doit y avoir séparation entre les deux, de telle sorte que l'un pense avant que l'autre agisse, alors il est clair que la capacité à agir doit être prise en compte dans le processus de pensée.»
 
 
La source
Henry Minztberg, 1994, dans Grandeur et décadence de la planification stratégique, Paris: Dunod, p. 42
 
 

Les détails...

Que doit-on analyser? Tout dépend qui est «on».

Imaginons un couple qui traverse des difficultés.

Imaginons que ce couple décide de consulter un thérapeute.

Du coup, trois analyses distinctes émergent:

  • l'analyse du demandeur de la thérapie: Ad
  • celle du partenaire en thérapie: Ap
  • et celle du thérapeute-analyste: Aa

Selon le demandeur D c'est la faute du partenaire P; mis sur la défensive, P rejette le blâme sur D; quant au thérapeute, tout dépend qui signe son chèque de l'école théorique qui oriente son analyse!

Schématiquement:

Entre ces analyses, deux à deux, il y a forcément une distance.

Quelle distance faut-il réduire en priorité?
Y'a-t-il une analyse qui soit plus juste au départ?

Avant de creuser cette analogie, ancrons-la dans une école.

 
 

Le rapport avec la
réalité d'une école

En 1994, Philippe Perrenoud défendait cette idée :

«le seul véritable intérêt d'une évaluation "scientifique" d'un établissement, c'est d'autoriser à voir et à dire ce qu'aucun acteur du terrain ne pourrait percevoir ou exprimer. La sophistication des instruments d'observation ne me paraît pas déterminante: les analyses statistiques les plus raffinées, les observations qualitatives les plus subtiles ne font souvent que confirmer ce que les acteurs savaient déjà, au moins intuitivement, confusément mais avec une certaine certitude. Tout dépend en réalité des questions que le chercheur adresse à l'établissement, autrement dit du regard qu'il porte sur la réalité.»

Le chercheur de Perrenoud, c'est un peu le thérapeute de notre exemple ou encore l'ami critique de John MacBeath:

  • Ad c'est l'analyse de la direction de l'école; mue par LIP:74, c'est elle qui est en demande
  • Ap c'est l'analyse du personnel et des parents de l'école, conviés (traînés?) dans la demande
  • Aa c'est l'analyse que ferait un «ami critique», d'un oeil en principe détaché. 
 
 

La différence entre une
école et un couple

La réalité d'une école est infiniment plus complexe que celle de la dynamique à l'intérieur d'un couple... qui n'est déjà pas simple:
 
  • Ad peut être multiple dans le cas d'une équipe de direction, surtout s'il ne règne pas une harmonie de vues au sein de cette équipe
  • Ap est encore plus éclatée; sans aller jusqu'à l'extrême (i.e., qu'il y aurait autant d'analyses qu'il y a de parents influents ou de membres dans l'équipe-école), il y en a au moins autant qu'il y a de clans officieusement constitués.

Perrenoud dans le même texte:

[...] les professeurs qui enseignent les branches les plus sélectives peuvent être ravis qu'une évaluation "démontre" que leur établissement est trop laxiste et perd des points dans une compétition avec d'autres établissements plus exigeants. Les professeurs de branches artistiques peuvent être heureux qu'une évaluation atteste que leurs disciplines sont les parents pauvres [...].

  • Aa dépend largement du regard porté, tous les «amis critiques» potentiels, comme les psychothérapeutes, ne portant pas les mêmes lunettes conceptuelles.
 
 

Imaginons un couple avec enfants

Retournons brièvement à nos problèmes conjugaux et imaginons qu’ils ont pour objet la manière d’élever les enfants de ce couple.

Imaginons en plus que ces enfants passent la plus grande partie de leur temps avec le Partenaire.

Dans ce cas-là, on peut soutenir que

  • le regard le plus important est celui du Partenaire: c'est lui qui posera ou non des gestes différents au terme de la thérapie; pour reprendre les mots de Mintzberg, la capacité à agir doit être prise en compte dans l'analyse effectuée
  • que l'Analyste, au mieux, peut espérer
    provoquer chez P et D des prises de conscience (nommer leurs façons de faire, leurs prémisses; les contraster avec des alternatives; …etc.) ou, pour poursuivre avec les mots de Perrenoud, amener peu à peu tous les acteurs, y compris les plus puissants, à accepter l'idée qu'ils font partie non seulement de la solution, mais aussi du problème.
    … dans le but de rapprocher P et D, c’est-à-dire réduire la distance entre le demandeur et le partenaire.
 
 

De retour dans une école

Revenons à notre contexte scolaire.
Un contexte où les élèves passent la majeure partie de leur temps avec P (personnel d'abord et parents à titre de partenaires). 

Et où deux cas de figure sont à craindre.

 
 

1.  Une trop grande distance entre A et D

C'est-à-dire que la direction, aux yeux d’un «ami critique», fait davantage partie du problème que de la solution.

À titre d’exemple, le leadership (notamment pédagogique) de cette direction (préalable obligé à toute démarche prometteuse) est contesté.

 
 

2.  Une trop grande dissension à l’intérieur de P

C'est-à-dire qu'il y a différences de vues fondamentales soit entre clans d’enseignants soit entre un bloc de parents et un bloc d’enseignants.

Ce cas est fréquent dans les grosses écoles secondaires et quelques écoles primaires en milieu favorisé.

 
 

De retour à la question de départ

La question de départ était : quoi analyser?

Comme... 
 

  • la liste des objets potentiels est beaucoup trop longue,
  • et qu'il n'existe pas un regard unique et juste qu'on peut porter sur une école (autrement dit, le défi n'est pas d'abord méthodologique, le problème n'est pas de repérer les bons outils pour trouver la bonne réponse, le défi est essentiellement politique et stratégique)

... on serait bien avisé
 

  • ... d'inclure, selon le conseil de Perrenoud: tout ce qui a des chances de commencer à provoquer un début de remise en question (ex : les pratiques évaluatives); donc d'exclure : tout ce qui peut braquer les enseignants contre le changement (ex : les pratiques évaluatives)
  • ...d'inclure, selon le conseil de Mintzberg: tout objet qui a des chances de déboucher sur des actions concrètes (ex : les pratiques pédagogiques);
  • donc d'exclure : tout ce qui risque de freiner des actions concrètes (ex : les pratiques pédagogiques)

Comment trancher? Par son flair politique, pas au moyen de ses capacités analytiques.

 
 

 

Que faire, pour clore, dans les deux cas problématiques susmentionnés?
 
 

Dans le premier cas

Dans le cas où il y a une distance importante entre A et D,

les recherches de MacBeath (qui ne s'appliquent pas seulement aux écoles où le leadership pédagogique est fragile) soulignent l'importance de faire appel aux services d'un ami critique.

Avec cette mise en garde de Perrenoud:

le paradoxe d'un évaluateur associé à une démarche d'auto-évaluation : il n'est utile qu'impertinent. Il est le seul à pouvoir mettre le doigt sur le caractère systémique d'un certain nombre de dysfonctionnements, le seul à pouvoir briser le rejet à l'infini de la responsabilité sur "les autres". Et c'est précisément pourquoi il est nécessaire, si l'on s'engage dans une démarche d'auto-évaluation, d'y associer un intervenant assez indépendant pour voir et pour dire ce que les acteurs n'ont plus la liberté ou le courage d'énoncer, voire de dénoncer.

 
 

Dans le second cas

Dans le cas où des clans sont constitués,

la direction de l'école serait bien avisée de piloter le dossier à l'envers, tel qu'explicité ici.

On demande aux écoliers de rédiger leur introduction une fois la conclusion connue; pourquoi ne pas les imiter en terminant avec l'analyse de situation?

 
Réalisation: Amine Tehami
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler
 
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page rédigée le 21 avril 2004
mise à jour le 01 novembre 2007
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