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Comment «tenir compte» des indicateurs nationaux?!?

 
 

En résumé...

Les indicateurs nationaux agissent comme un détecteur non pas de fumée mais de retard scolaire, de décrochage, d’échecs aux épreuves du MEQ, …etc. Un conseil d’établissement est libre de considérer tous les autres aspects de la réussite qu’il juge pertinents… à condition que ce détecteur demeure muet, i.e., qu'il ne signale pas de difficultés plus grandes que les écoles situées en milieux comparables au plan socio-économique.
 
 
Une citation
en guise
d'apéro

 
«[…]
La Présidente (Mme Bélanger): M. le député de Vaudreuil.

M. Marcoux: […] Dans des documents qui nous avaient été fournis […], les plans de réussite des […] écoles du primaire, […] on indique […] les écoles avec cibles et avec cibles ambitieuses. Et ma question, c'était... […] Comment évaluez-vous l'ambition, en quelque sorte?

M. Simard: En politique?

M. Marcoux: Bien, écoutez, vous pouvez référer en politique, mais là, moi, ici, j'ai un document qui réfère aux plans de réussite. Vous êtes libre...

M. Simard: Ah, ici, il faut tous avoir son plan de réussite. Ha, ha, ha! […] ce que le député de Vaudreuil nous dit, c'est qu'il ne faudrait pas que l'on nous donne des réponses, dans ces plans de réussite, pour satisfaire le client, pour que ce soit bien vu, pour: Ils en veulent, ils en auront. Je pense qu'il y a des mécanismes de «check and balance» internes. Le fait que les parents soient là, que les enseignants soient là, que le plan stratégique de la commission scolaire soit là, les indicateurs nationaux soient là, tout ça fait en sorte que c'est de plus en plus difficile […] de voir ces situations se produire. Mais il est évident ― et c'est inévitable, dans toute entreprise de reddition de comptes de ce type, et on le vit au gouvernement, nous le savons, dans l'application de la Loi d'administration publique ― il y a des forces d'inertie, il y a des gens qui réussiront toujours à passer à travers les meilleurs textes, et les meilleures intentions, et les meilleures méthodes et qui se contenteront de reproduire ce qu'ils ont toujours fait sans réussir à changer grand-chose et à améliorer les situations.
Bon, […] On peut philosopher comme ça pendant quelques heures, mais la réalité... […] Il faut faire confiance.»
 
 
La source
> Sylvain Simard, le 10 décembre 2002, lors de l'étude détaillée du projet de loi 124
 
 

Les détails...

La LIP mentionne à deux reprises les mots indicateurs nationaux:
 
 

La première fois, à l'article 209.1, c'est pour préciser ce que doit contenir le plan stratégique d'une CS

 «Pour l'exercice de ses fonctions et de ses pouvoirs, chaque commission scolaire établit un plan stratégique couvrant une période de plusieurs années qui comporte : 

1° le contexte dans lequel elle évolue, notamment les besoins de ses écoles et de ses centres ainsi que les caractéristiques et les attentes du milieu qu'elle dessert;
2° les principaux enjeux auxquels elle fait face, entre autre en matière de réussite, qui tiennent compte des indicateurs nationaux établis par le ministre en vertu de l'article 459.1;
3° les orientations stratégiques et les objectifs qui tiennent compte des orientations et des objectifs du plan stratégique établi par le ministère de l'Éducation;
4° les axes d'intervention retenus pour parvenir à l'atteinte des objectifs; 
5° les résultats visés au terme de la période couverte par le plan;
6° les modes d'évaluation de l'atteinte des objectifs»
 
 
 

La seconde fois, à l'article 459.1, c'est pour préciser le rôle du MEQ:

«Le ministre établit, après consultation des commissions scolaires, les indicateurs nationaux qu'il met à la disposition de toutes les commissions scolaires aux fins notamment de leur permettre de dégager, dans leurs plans stratégiques, les principaux enjeux auxquels elles font face.»
 
 

En somme

On comprend
 
  • que le ministre les établit
  • avant que la CS n'en tienne compte
mais en quoi le CÉ d'une école est-il concerné?
 
 

Le CÉ doit s'assurer que les problèmes de base sont absents

Relisant les débats en commission parlementaire (cf. plus haut la citation de S. Simard), on ne peut s'empêcher de visualiser une laisse: les C.É. du Québec sont libres de choisir toutes les priorités locales qu'elles souhaitent... à condition de n'avoir, pour ainsi dire, rien à se reprocher quant aux enjeux macroscopiques:
 
  • le retard scolaire
  • la persévérance
  • le taux de décrochage
    les taux de réussite aux épreuves du MEQ
    ... etc.
Détails:
 
 

5 indicateurs nationaux au PRIMAIRE

L’ÂGE DES ÉLÈVES À L’ENTRÉE DANS UN CYCLE:
 
  • 1er cycle : proportion des élèves de 6 ans et moins au moment de la première inscription au 1er cycle du primaire
  • 2e cycle : proportion des élèves de 8 ans et moins au moment de la première inscription au 2e cycle du primaire
  • 3e cycle : proportion des élèves de 10 ans et moins au moment de la première inscription au 3e cycle du primaire
LA PROLONGATION DES ÉTUDES DANS UN CYCLE
 
  • 1er cycle : proportion des élèves qui sont inscrits pour une 3e année ou plus dans le cycle du primaire
  • 2e cycle : proportion des élèves qui sont inscrits pour une 3e année ou plus dans le 2e cycle du primaire
  • 3e cycle : proportion des élèves qui sont inscrits pour une 3e année ou plus dans le 3e cycle du primaire
L’ÂGE À LA SORTIE DU PRIMAIRE
  • Proportion des élèves du primaire qui complètent le primaire à l’âge de 12 ans et moins sur l’ensemble des élèves qui passent au secondaire

LA FRÉQUENTATION D’UNE CLASSE D’ACCUEIL

  • Proportion des élèves du primaire qui fréquentent ou ont déjà fréquenté une classe d’accueil.

L’INTÉGRATION DES ÉLÈVES EHDAA DANS LES CLASSES ORDINAIRES

  • Proportion des EHDAA qui sont intégrés dans les classes ordinaires — les élèves handicapés et les élèves qui ont un plan d’intervention et qui ne sont pas handicapés —.
 
 

6 indicateurs nationaux au SECONDAIRE

L’ÂGE À L’ENTRÉE AU SECONDAIRE
Proportion des élèves de 12 ans et moins au moment de la première inscription au 1er cycle du secondaire.
LES SORTIES SANS QUALIFICATION PAR CYCLE
1er cycle (sec. 1 et 2) : proportion des sortants sans qualification parmi l’ensemble des élèves inscrits au 1er cycle du secondaire; 
2e cycle : (sec. 3, 4 et 5) : proportion des sortants sans qualification ni diplôme, parmi l’ensemble des élèves inscrits au 2e cycle du secondaire. 
Les sortants sans qualification ni diplôme doivent répondre à tous les critères suivants : 
ils n’obtiennent pas de diplôme reconnu par le Ministère durant l’année scolaire (DES, DEP, ASP, AFP); 
ils n’obtiennent pas de qualification durant l’année scolaire (CFER, ISPJ); 
ils ne sont pas réinscrits, au 30 septembre suivant, en formation générale des jeunes; 
ils ne sont pas réinscrits, durant l’année suivante, en formation professionnelle;
ils ne sont pas réinscrits, durant l’année suivante, en formation générale des adultes.
LES SORTIES AVEC DIPLÔME EN 5E SECONDAIRE
Proportion des élèves de 5e secondaire qui obtiennent un diplôme reconnu (DES, DEP, ASP, AFP) par le Ministère durant l’année scolaire.
L’ENSEMBLE DES SORTIES AVEC DIPLÔME OU QUALIFICATION
Proportion des sortants avec diplôme ou qualification parmi l’ensemble des sortants. L’ensemble des sortants comprend : 
les sortants avec diplôme ou qualification; 
les sortants sans qualification, ni diplôme.
LA RÉUSSITE AUX ÉPREUVES MINISTÉRIELLES
Proportion d’épreuves réussies par les élèves présents à au moins une session d’examen pendant l’année, peu importe la session où l’élève a réussi. 
Proportion d’épreuves de langue d’enseignement réussies par les élèves présents à au moins une session d’examen pendant l’année, peu importe la session où l’élève a réussi.
L’INTÉGRATION DES ÉLÈVES EHDAA DANS LES CLASSES ORDINAIRES
Proportion des EHDAA qui sont intégrés dans les classes ordinaires — les élèves handicapés et les élèves qui ont un plan d’intervention et qui ne sont pas handicapés —.
 
 
 

Indicateurs = une laisse?!?

Cette laisse (soit dit sans ironie; cf. l'ex-ministre Simard:
 

 

«...il est important de rappeler ici […] que c'est une opération, à plusieurs sens, interactive. Ce n'est pas le «top down» […] mais bien un travail où, dans l'école […] on travaille au plan de réussite […]. Mais, en même temps, l'un des animateurs principaux, le leader pédagogique de l'école, le directeur, lui, participe à la préparation du plan stratégique de la commission scolaire. Donc, il y a un contact dans les deux sens qui, évidemment, garantit que le plan stratégique de la commission scolaire ne sera jamais décroché de la réalité des écoles»)
 
 

 

... cette laisse, disions-nous, le MEQ la tient par CS interposée:
  • En vertu de l'article 209.1, une CS doit tenir compte de ces indicateurs nationaux dans son pan stratégique
  • En vertu de l'article 96.25, le directeur d'école participe à l'élaboration de ce plan stratégique
  • En vertu des articles 74 et 96.13, le même directeur d'école coordonne les travaux de son CÉ autour de l'analyse de situation.
 
 

Pour les visuels

Schématiquement, l'analyse de situation comporte deux zones:
 
 

Comment se défaire de
la zone de contrainte

Le plan de réussite d'une école pourrait ne contenir aucun objectif lié aux indicateurs nationaux pour peu que la direction de cette école soit capable de justifier, devant son supérieur immédiat, que l'école se compare favorablement aux écoles comparables eu égard aux indicateurs susmentionnés.

(Deux variables sont utilisées par le MEQ pour affirmer que deux écoles sont comparables:

  • la proportion des mères sans diplôme, pour une pondération de deux tiers,
  • et la proportion de parents dont aucun ne travaille à temps plein, pour une pondération d'un tiers.)

Ce site explicite

  • ici comment tenir compte du plan stratégique
  • ici comment cerner les besoins des élèves
  • et ici quelles caractéristiques considérer
 
 

Comment interpréter les indicateurs nationaux?

La réponse se trouve dans les travaux du comité directeur conjoint MEQ-CS qui a conçu les indicateurs nationaux:
 
 

 

«Une appréciation juste des résultats et de l’évolution d’un indicateur ne peut être faite que si elle est accompagnée d’une lecture simultanée des résultats et de l’évolution d’autres indicateurs. 
[…]
Par exemple, au secondaire en formation générale des jeunes, une augmentation de la persévérance des élèves pourrait avoir un effet positif sur l’évolution de l’ensemble des sorties avec diplôme ou qualification. Toutefois, cette situation pourrait avoir un effet à la baisse sur la réussite aux épreuves ministérielles.
[…] 
De même, l’évolution de certains indicateurs peut s’avérer «prédicteur» de l’évolution future d’autres indicateurs. Par exemple, au primaire, une augmentation de la prolongation des études dans un cycle aura éventuellement un effet à la baisse sur les sorties du primaire à l’âge de 12 ans.
[…]
Il importe donc de considérer les indicateurs comme des données utiles et significatives, de les interpréter avec discernement, de façon globale, et d’éviter de les traiter isolément.»
 
 
 

La différence avec les «plans Legault»

Nous en sommes à la seconde génération de plans de réussite. Lors de la première (2000-2003), les écoles n'avaient pas le choix: toutes devaient fixer des objectifs aux plans du cheminement et de la réussite.

Pour cette seconde génération (2004-2007), les indicateurs nationaux (notamment aux plans du cheminement et de la réussite) agissent comme un détecteur non pas de fumée mais de retard scolaire, de décrochage, d’échecs aux épreuves du MEQ, …etc.

Un conseil d’établissement est libre de considérer tous les autres aspects de la réussite qu’il juge pertinents… à condition que ce détecteur demeure muet, i.e., qu'il ne signale pas de difficultés plus grandes que les écoles situées en milieux comparables au plan socio-économique.

 

François Legault
n'avait rien inventé

Les deux générations de plans de réussite font partie du même...
 

 

«...mouvement général de modernisation de la fonction publique québécoise, mouvement observé aussi dans de nombreux pays occidentaux. Il faut en fait remonter à la Loi sur l’administration publique qui a instauré un nouveau cadre de gestion pour la fonction publique en mai 2000. Ce cadre législatif est axé sur l’atteinte des résultats attendus, sur le respect du principe de la transparence et sur une imputabilité accrue de l’administration devant l’Assemblée nationale en vue d’affirmer la priorité à la qualité du service au citoyen.»
(Source: le comité MEQ-CS sur les indicateurs nationaux)
 
Réalisation: Amine Tehami
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Analyse
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page rédigée le 6 mai 2004
mise à jour le 01 novembre 2007
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