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Les «enjeux liés à la réussite des élèves»?!?
En résumé...
ENJEUX: Dans tout milieu, il existe des obstacles et des leviers. Il s'agit de repérer les leviers pour surmonter les obstacles.
RÉUSSITE: cf. programme de formation. Dans une démocratie, la définition proposée par le curriculum a force de loi.
Une citation
en guise
d'apéro
«Partout, une partie des élèves, des parents, des enseignants, des cadres scolaires pensent et affirment:
que la "vraie réussite" ne coïncide pas avec la définition formelle qu'en donne le système éducatif ;
que l'essentiel de la valeur intellectuelle d'un enfant ou d'un adolescent n'a que de lointains rapports avec ce que mesurent les examens ou autres épreuves officielles;
qu'il faut en conséquence ignorer, relativiser ou modifier les critères officiels de réussite scolaire.»
La source
> Philippe Perrenoud, dans une conférence prononcée à Québec le 29 novembre 2002
Les détails...
En vertu de larticle 74,
Le conseil d'établissement analyse la situation de l'école, principalement les besoins des élèves, les enjeux liés à la réussite des élèves ainsi que les caractéristiques et les attentes de la communauté qu'elle dessert [...].
Deux catégories d'enjeux
liés à la réussite
Quels sont ces enjeux liés à la réussite? Cest une question, forcément, à deux volets.
Commençons par le premier, et par distinguer...
-
les enjeux sur lesquels lécole ne peut agir (ex : sa localisation géographique, la forme plus ou moins favorable de sa bâtisse, les revenus/habiletés des parents, le pourcentage de marcheurs
)
-
des enjeux sur lesquels elle peut partiellement agir (toxicomanie, absentéisme, travail rémunéré à temps pas si partiel que ça, ...)
- ... des enjeux sur lesquels elle peut agir seule (climat de travail, habitudes re : formation continue, approches pédagogiques préconisées, habitudes en matière de dépistage des difficultés et de soutien aux élèves, ampleur et variété de la vie étudiante, nombre et nature des partenariats,
)
Ces catégories jouent deux rôles diamétralement opposés:
Catégorie 1: les priorités éventuelles
Les deux premières devraient suggérer les priorités éventuelles de lécole (ou, pour parler comme la LIP: les orientations du projet éducatif).
Quelques exemples:
- La localisation géographique de lécole peut tantôt imposer une priorité (ex: la maîtrise du français dans un quartier anglophone ou encore la lutte contre lintimidation dans un quartier où sévit une criminalité liée aux gangs de rue), tantôt suggérer une piste de développement (ex: inculquer lesprit critique et scientifique dans un quartier universitaire, histoire de profiter des ressources limitrophes)
-
La forme malencontreuse de la cour décole (ex: remplie de recoins difficiles à surveiller) peut inciter lécole à développer en priorité les habiletés de ses élèves à résoudre leurs conflits
- Des parents fortunés et fortement scolarisés (parce quils ont tendance à favoriser, chez leurs enfants, la compétitivité et un rapport utilitaire au savoir) peuvent inciter lécole à insister sur lentraide ou, à tout le moins, le respect des différences
- Une école que le transport scolaire vide aussitôt que sonne la dernière cloche voudra sans doute développer le sentiment dappartenance chez ses élèves (pour finir par constater quélèves et parents se montrent plein de ressources et de détermination lorsque le menu parascolaire offert est appétissant)
- De mauvaises habitudes chez les élèves (psychotropes, fatigue due au travail rémunéré, ...etc.) inciteront l'école à établir des partenariats avec les ressources communautaires et les employeurs du quartier
Catégorie 2: les moyens éventuels
La seconde famille denjeux (ceux sur lesquels une école peut agir) devrait suggérer les moyens du plan de réussite.
Quelques exemples:
- Des habitudes en matière de formation continue plus ou moins bien établies peuvent inciter léquipe à retenir des approches pédagogiques plus ou moins novatrices/ambitieuses
- Un climat de travail plus ou moins harmonieux (au sein dune équipe plus ou moins stable) peut inciter léquipe à retenir des projets requérant un niveau de collaboration plus (au sein de tout le cycle) ou moins (selon les affinités en dyades ou trios) élevé
- ...etc.
... sans nécessairement étaler publiquement les problématiques de climat de travail ou de budgets de perfectionnement rarement utilisés.
Autrement dit, il y a un équilibre à trouver entre la transparence (angélique?) requise par l'article 74 (en vertu duquel c'est le C.É. qui procède à l'analyse de situation) et le réalisme requis par le proverbial plancher des vaches.
La réussite? Quelle réussite?
Le second volet de la question, la réussite, donne parfois lieu à des dérives.
Confondant
- réussite scolaire
- réussite éducative
- et réussite tout court
on finit par «ignorer, relativiser ou modifier les critères officiels de réussite scolaire» (Perrenoud).
Le Conseil supérieur de l'éducation, à son insu, a peut-être contribué à certaines dérives, lui qui recommandait (dans sa réaction au projet de loi 124 modifiant la LIP au mois de décembre 2002) de:
de reformuler la loi actuelle et le projet de loi 124 de manière à dissiper tout équivoque, en sassurant, dune part, que le mot réussite sapplique à la triple mission de lécole qui est instruire, socialiser et qualifier, tout en faisant droit, dautre part, à limportance stratégique de la réussite scolaire.
Une recommandation dont le Ministre a tenu compte dans la LIP modifiée.
Idem pour la CSQ. Dans sa réaction au projet de loi 124, elle estime que
la définition du plan de réussite est, à peu de chose près, la même que celle qui accompagnait lopération lancée par le ministre Legault au printemps 2000. Les objections que nous avons soulevées à cette époque demeurent, [
]
Pourquoi parler de dérives?
1) réussite=fourre-tout
Parce que le risque est grand, à la suite du CSE, de prendre les volets socialiser et qualifier pour des fourre-tout.
Quelques exemples non fictifs:
- La réussite devrait-elle se mesurer, dans une école primaire en milieu fortuné, au taux d'acceptation des écoles secondaires privées?
- La réussite devrait-elle se mesurer, dans un quartier anglophone, à la fierté des élèves à utiliser la langue française (par opposition à leur compétence à le faire)?
- La réussite devrait-elle se mesurer, dans un quartier allophone particulièrement soucieux de ne pas se montrer assimilationniste, à la fierté des élèves au regard de leur héritage (par opposition à leur compétence à le partager)?
- La réussite devrait-elle se mesurer, dans une école, à la santé physique de ses élèves?
- ...etc.
La réussite éducative, ce nest pas comme le bonheur ou la réussite dans la vie: chacun nest pas libre dapporter sa définition. En démocratie, il est sain quil nexiste pas une définition imposée de ce quest une vie réussie.
Perrenoud:
Tout change lorsqu'il s'agit de réussite scolaire. Il est possible, mais vain, de la définir indépendamment des exigences, des critères et des jugements du système éducatif. De la même façon qu'en regard du droit pénal la culpabilité ou l'innocence sont établies par la justice, la réussite ou l'échec scolaires sont dûment établis et proclamés par le système éducatif [
](
source)
2) confusion = jet du bébé
Le risque est encore plus grand, à la suite de la CSQ, de jeter le bébé (des démarches d'amélioration signifiantes et rigoureuses) avec l'eau du bain (ce que Denis Roy, le président sortant de l'ADIGECS, appelait récemment «la version préliminaire des plans de réussite», une version dont il déplorait «l'introduction rapide et improvisée»).
En somme
Analyser les enjeux liés à la réussite (telle que définie par le curriculum), c'est une façon savante de dire:
- quels sont les obstacles à la réussite sur lesquels vous croyez pouvoir agir?
- quels sont les leviers dont vous disposez, seuls ou en partenariat, pour surmonter ces obstacles?
© Piquer à satiété avant de citer la source... n'est pas voler